Rouges rivières
Alain Dubos

Timée éditions 2008

 

 

 

Louis Riel, le Métis

Le 400e anniversaire de la fondation de Québec pourrait être l’occasion de découvrir le combat d’une autre minorité francophone du Canada dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dans les prairies de l’ouest, les Terres de Rupert, aujourd’hui le Manitoba, le long de la Rivière Rouge et de l’Assiniboine vivait une communauté de Métis, descendants de trappeurs qui commerçaient avec la puissante Compagnie de la Baie d’Hudson.
L’expansion du Canada vers l’ouest entraîne l’arrivée d’arpenteurs, de colons et bientôt d’un pouvoir politique exporté de l’Ontario. Sur le point d’être dépossédés de leurs terres et bientôt de leurs droits, les Métis constituent un Comité National des Métis de Rivière Rouge dont ils confient la responsabilité au jeune Louis Riel qui, ayant étudié à Montréal, est capable de lire, d’écrire et surtout de s’exprimer en anglais. Très modérés, les Métis ne cèdent pas à la tentation du rattachement aux Etats Unis. Ils élaborent une Charte en 14 points demandant simplement le respect de leur communauté, de ses biens, de ses terres, de ses droits, de sa langue et de sa religion, ainsi que la liberté de chasser et de commercer. L’essor de la Confédération canadienne et le développement du chemin de fer sont inexorables et, à Ottawa, on n’a pas plus de considération pour les Métis, ces sang-mêlés, ces half breeds, que les voisins du sud pour les Indiens.

Ce sont les différentes étapes de cette lutte menée par Louis Riel que retrace ce roman : l’opposition aux arpenteurs, le premier coup de force en 1869 contre Fort Garry, siège de la Compagnie de la baie d’Hudson puis l’exil de forcé de Louis Riel aux Etats Unis car, en dépit de son élection comme député, sa tête est mise à prix.
C’est là, au Montana, que l’histoire aurait pu se terminer heureusement par le mariage de Louis Riel, devenu instituteur et interprète, avec la belle métisse Marguerite Bellehumeur. Mais l’expansion canadienne se poursuit plus à l’ouest, vers la Saskatchewan, d’où les Métis qui ne veulent pas être une nouvelle fois chassés reviennent chercher leur chef.

Cette fois, l’affrontement est réellement armé. Le meneur est arrêté, jugé à Régina, ville anglaise, par un tribunal entièrement anglophone, condamné à mort et exécuté en 1895 malgré l’indignation du Québec. Le Premier ministre du Canada, John Mac Donald, qui avait refusé toute négociation, n’avait-il pas clamé haut et fort : « Riel sera pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur » ? C’est le prix consenti pour la constitution de la Confédération canadienne. Mac Donald sera deux fois réélu.

« Le romancier doit éviter de tricher avec l’histoire », dit Alain Dubos, qui respecte effectivement de très près les faits et la biographie connue de Louis Riel. Mais le livre va plus loin. Il nous invite à faire attention aux mots employés, par exemple lorsque la troupe anglaise est officiellement appelée « force de paix ». Il nous invite à réfléchir sur la colonisation quelle que soit l’époque. « Comment des gens arrivés dans un pays depuis un, deux ou cinq ans prennent-ils un jour la décision de dominer, voire d’éliminer ceux qui y vivent depuis deux siècles ? » s’interroge-t-il avec les Métis. Comme au Manitoba ou en Saskatchewan, en d’autres lieux, de colonie en colonie, on repousse sans cesse les frontières en forçant à l’exil les anciens occupants dont la révolte est inéluctable. « Si ce n’avait pas été moi, c’eût été un autre, dit Louis Riel. Il arrive un moment dans la vie des nations où il n’est plus possible de supporter l’injustice, l’arbitraire… »
Un livre historiquement juste, bien mené, pour le plaisir de la lecture et pour susciter la réflexion.

Jean-Pierre Tusseau
(juin 2008 )

Lire aussi
Voyages de Samuel de Champlain
Abrégé par Marie-Hélène Sabard
Classiques abrégés, L’Ecole des Loisirs, 2008

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