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De la limpidité
En quelques
textes économes, Line Aressy bâtit un univers narratif
singulier, à la fois ténu et très émouvant,
loin des modes et d’un certain brouhaha (littéraire,
vraiment ?) ambiant — une prose limpide mais exigeante, où
les blancs, calculés, prennent parfois autant d’importance
que les mots, à l’image de certains silences finement
captés ; comme pour cette femme croisée dans Le
Présent : « elle parlait le moins
possible. Si elle s’aventurait dans les rues, elle hochait
simplement la tête pour dire bonjour. Il semblait qu’elle
connaissait intimement le silence, qu’elle le buvait comme
de l’eau. » Un silence fluide et fluctuant, qui
peut traduire une profonde souffrance et contre lequel on se «
cogne le front », puis s’apparenter à une
harmonie retrouvée, lors d’une épiphanie qui
marque un retour à la vie, quand tout semble à nouveau
faire sens (Le Cerisier). Le silence,
encore, dans Profil perdu, où la
narratrice, confrontée au mutisme obstiné d’une
vieille dame qui s’éteint peu à peu (comme déjà
perdue, « absorbée entre le passé et le
présent »), dit « se taire de toutes
ses forces ».
Pourtant, se dégage souvent un sentiment de plénitude,
comme s’il suffisait d’accéder à un état
d’esprit qui permettrait de « goûter à
grands traits le don du monde » (Sursaut),
malgré les blessures ou la marginalité de quelques
personnages, telle cette « Anna la folle »,
dont l’aspect repoussant n’est rien au regard de la
totale liberté qu’elle renvoie au monde, à ceux
qui la méprisent et qu’elle effraye (Cantique
d’Anna).
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Tout
est question de vision, du regard que l’on choisit
de porter sur les autres et sur leurs différences,
voire leurs imperfections, une idée parfaitement
exprimée dans La Fêlure,
l’un des textes les plus réussis de ce court
recueil, où la jeune narratrice accompagne sa mère
chez un sculpteur ami ; à l’occasion d’une
de ces visites, la fillette découvre un cimetière
particulier, un fossé où le maître se
débarrasse de ses œuvres ratées. Prise
de vertige, elle demande à garder la sculpture au
visage fissuré qu’elle était venue jeter
: « je voulais seulement la voir à la lumière
du jour, apprécier l’imperfection de sa forme,
lui donner un peu de mon regard. »
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Donner un peu
de son regard au monde environnant, à des choses proches
et des êtres ordinaires, imparfaits, faillibles et fragiles,
parfois silencieux et qu'il faut deviner à défaut
de pouvoir décrypter, des êtres dont la beauté
peut échapper de prime abord : tel est peut-être l’un
des secrets que dévoile ce recueil lumineux.
B.
Longre
(juillet 2008)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
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