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De
l'attachement au détachement
Simon et Delphine,
les inséparables du titre, ont bien du mal à accepter
que leurs parents se… séparent, que leur mère
se retrouve seule, que leur père aille vivre chez Pierrette,
qu’on leur impose les enfants de cette dernière, «
Porcinet l’infâme » et « Marie-Neige
tête à claques » qui, comble de malchance,
fréquentent la même école… Pierrette devenue
l’ennemie à abattre, le garçon et sa sœur
mettent alors en place de multiples stratégies visant à
déstabiliser la recomposition familiale - tour à tour
la douceur, la rébellion, l’espionnage… Les adultes,
qui en font trop peu ou pas assez, ne se doutent de rien, ou à
peine, mais en prennent assurément pour leur grade ; d'ailleurs,
les enfants aussi, que ce soit ceux de la « grosse vache
» ou Delphine quand, peu à peu, elle semble se
détacher elle aussi de Simon, qui ne comprend plus rien et
se sent trahi. Inséparables, Simon et Delphine ? C’est
du moins ce que croit le premier, qui fait aveuglément confiance
à sa grande sœur, jusqu’au jour où l’impensable
se produit et qu’un gouffre vient les… séparer,
car Delphine se met à grandir, à mûrir, à
pactiser avec l’ennemi, bref, à tout simplement s'accommoder
de situations qu’elle trouvait intolérables quelque
temps plus tôt. Déboussolé, le garçon
ne sait plus vers qui se tourner, puis apprend peu à peu
à faire avec, sans pourtant se départir de sa verve
et de son esprit critique.
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Le
regard acide et souvent lucide du jeune narrateur (qui n'est
pas dupe des manoeuvres de séduction parfois hypocrites
des adultes) est un pur régal, oscillant entre drôlerie
et cruauté, tandis que lui se forge les armes qu’il
peut (du cynisme à l’indifférence affichée,
de la mauvaise foi à la révolte) afin d’occulter
à sa façon la souffrance psychologique qui
accompagne toute séparation. Des séparations,
justement, qui se succèdent et se superposent, engendrant
frustrations et questionnements, mais qui permettent aussi
d’avancer et de grandir un peu plus à chaque
fois, même contre son gré, et malgré
les adultes dont les maladresses n’arrangent rien.
Simon, qui cherche sa place dans ce cadre familial chamboulé,
est un peu le double et le petit frère romanesque
du narrateur du Journal d’un garçon,
et l’on retrouve dans chacun des romans, malgré
la différence d’âge des deux protagonistes,
des préoccupations similaires et une acidité
de ton réjouissante.
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B.
Longre
(juin 2008)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

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Journal
d’un garçon
de Colas Gutman,
Médium de l’école des loisirs, 2008
Un
garçon qui tient un journal intime ? C’est soit
« une fille, soit un pédé, soit une
fille-pédé »… du moins de l’avis
du père et du demi-frère du narrateur. Ce qui
n’empêche heureusement pas celui-ci de tenir son
journal (et de s’y tenir, de septembre à juin)
pour notre plus grand plaisir. Car tout y passe et rien n’est
simple : sa famille recomposée, sa sœur qui joue
à la rebelle, ses amis qui n’en sont pas (surtout
le sosie de Julien Lepers, un « gentil » garçon
qui s’est pris d’affection pour lui…), ses
tristes amours (d’avance vouées à l’échec
avec une « fille de terminale ») ou encore
la très collante Nathalie Sicard, qui le poursuit de
ses assiduités. Le désenchantement ambiant est
cependant compensé par la finesse d’esprit de
ce narrateur qui tente de rester « distant et classe
» en toutes circonstances…Un jeune lycéen
qui n’a pas sa plume dans sa poche, adepte d’une
autodérision âpre et laconique qui lui permet
peut-être de moins souffrir que d’autres, en dépit
de situations humiliantes qui laissent le lecteur proche de
l’hilarité. A lire absolument et à faire
circuler.
B. Longre (mai
2008) |

du
même auteur : Mon frère est un
singe (Mouche)
http://www.ecoledesloisirs.fr
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