Nouvelles, histoires et autres contes
Julio Cortázar
trad. de l'espagnol par Karine Berriot, Françoise Campo-Timal, Isabelle Dessommes, Laure Guille-Bataillon, Sylvie Protin et Françoise Rosset
Édition publiée sous la direction de Sylvie Protin, 1428 pages
Quarto Gallimard 2008

 

 


Les voix de Cortázar

Même ceux qui, comme moi, croient bien connaître l’œuvre de l’argentin génial, trouveront matière à satisfaction dans cette édition établie par Sylvie Protin. Car en plus des dix recueils de nouvelles et contes publiés du vivant de Cortázar (l’intégrale de Nouvelles 1945-1982, Gallimard 1993), on découvre des livres conçus dans un rapport étroit avec l’image peu connus du grand public comme Prose de l’Observatoire, Silvalande, Les Discours du prince-gueule, On déplore la, ce dernier écrit directement en français et contenant des gravures sur bois de l’artiste cubain Guido Llinas (publications confidentielles) et Un gotan pour Lautrec ; ainsi qu’une sélection de textes narratifs venant de volumes hybrides, notamment : Le Tour du jour en quatre-vingts mondes ou Les Autonautes de la Cosmoroute, cette sélection constituant un tremplin pour lire ces livres uniques dans leur intégralité. Dans Territoires, textes sur des travaux d’artistes, outre Pays nommé Alechinsky et Hommage à une jeune sorcière (la strip-teaseuse Rita Renoir) l’éditeur propose deux inédits en français : Sur d’autres usages du chanvre ainsi que Lot de griffouillages à profiter, textes brefs destinés à un carton de lithographies du peintre Antonio Saura. Onze inédits en français sont ainsi proposés.

En ce qui concerne les nouvelles et contes, on notera que la plupart sont complétées par des notes de l’auteur issues de ses entretiens avec Omar Prego ou Ernesto González Bermejo (déjà consignées en recueil) apportant ainsi des éclairages révélateurs ; certaines sont accompagnés d’œuvres graphiques originales comme Le tango du retour, conte inspiré par des dessins de Pat Andrea, autour de 1979 dans Nous l’aimions tant, Glenda.
Reprenant le principe de Marelle, roman emblématique de l’œuvre de Cortázar, Sylvie Protin propose deux parcours de lecture, celui de l’auteur et le sien. Dans sa postface, elle a prévu un système de parcours traversant l’œuvre selon une cohérence analogique sans tenir compte de la chronologie ni de l’appareil critique, position subjective originale certes mais jeu un peu vain ; on pourra, comme moi, préférer celui de l’auteur.

Plus intéressant est la publication, en début de cet ouvrage de quelques 1400 pages, d’un texte de Cortázar, inédit en français : Quelques aspects du conte, correspondant à une conférence donnée en 1963 au cours de son second voyage à Cuba : « Dans mon cas, la grande majorité de mes contes ont été écrits –comment dire – en marge de ma volonté, par-dessus ou par dessous ma conscience raisonnante, et comme si je n’étais qu’un médium par lequel passait et se manifestait une force étrangère » (extrait).

Ce livre se termine par Vie et Œuvre 1914-1984 illustré de photographies appartenant pour la plupart au fonds iconographique de Julio Cortázar déposé par Aurora Bernardez (qui fut sa première épouse et maintenant sa légataire universelle) au Centro Galego de Artes da Imaxe et de documents divers et extraits de lettres personnelles. Il me paraît nécessaire d’évoquer la mémoire de Laure Guille-Bataillon qui fut sa traductrice en français et proche du couple, disparue peu de temps après son ami. On regrettera que Sylvie Protin ne se soit pas plus penchée sur les rapports de Cortázar avec la musique et notamment le jazz : « le jazz tient une place importante dans mon œuvre à un point qui a choqué certains critiques littéraires, car en faisant avec eux le jeu de l’île déserte, j’ai toujours répondu que si je devais choisir entre littérature et musique, ce serait la musique. »

Un ouvrage fortement conseillé pour nous inciter à lire et relire son œuvre et, comme le souligne Sylvie Protin, « faire entendre un peu mieux dans notre langue la polyphonie des voix de Cortázar. »

Jacques Chesnel
(avril 2008)

Jacques Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas) ; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

http://www.gallimard.fr/

La présence du jazz dans l’oeuvre de Julio Cortázar
un article de Jacques Chesnel, suivi d'un entretien avec l'auteur (février 1977)