Les voix de Cortázar
Même
ceux qui, comme moi, croient bien connaître l’œuvre
de l’argentin génial, trouveront matière
à satisfaction dans cette édition établie
par Sylvie Protin. Car en plus des dix recueils de nouvelles
et contes publiés du vivant de Cortázar (l’intégrale
de Nouvelles 1945-1982, Gallimard
1993), on découvre des livres conçus dans un rapport
étroit avec l’image peu connus du grand public
comme Prose de l’Observatoire, Silvalande,
Les Discours du prince-gueule, On déplore la,
ce dernier écrit directement en français et contenant
des gravures sur bois de l’artiste cubain Guido Llinas
(publications confidentielles) et Un gotan pour
Lautrec ; ainsi qu’une sélection
de textes narratifs venant de volumes hybrides, notamment :
Le Tour du jour en quatre-vingts mondes
ou Les Autonautes de la Cosmoroute,
cette sélection constituant un tremplin pour lire ces
livres uniques dans leur intégralité. Dans Territoires,
textes sur des travaux d’artistes, outre Pays
nommé Alechinsky et Hommage
à une jeune sorcière (la strip-teaseuse
Rita Renoir) l’éditeur propose deux inédits
en français : Sur d’autres usages du
chanvre ainsi que Lot de griffouillages
à profiter, textes brefs destinés
à un carton de lithographies du peintre Antonio Saura.
Onze inédits en français sont ainsi proposés.

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En
ce qui concerne les nouvelles et contes, on notera que
la plupart sont complétées par des notes
de l’auteur issues de ses entretiens avec Omar Prego
ou Ernesto González Bermejo (déjà
consignées en recueil) apportant ainsi des éclairages
révélateurs ; certaines sont accompagnés
d’œuvres graphiques originales comme Le
tango du retour, conte inspiré par
des dessins de Pat Andrea, autour de 1979 dans Nous
l’aimions tant, Glenda.
Reprenant le principe de Marelle,
roman emblématique de l’œuvre de Cortázar,
Sylvie Protin propose deux parcours de lecture, celui
de l’auteur et le sien. Dans sa postface, elle a
prévu un système de parcours traversant
l’œuvre selon une cohérence analogique
sans tenir compte de la chronologie ni de l’appareil
critique, position subjective originale certes mais jeu
un peu vain ; on pourra, comme moi, préférer
celui de l’auteur. |
Plus intéressant
est la publication, en début de cet ouvrage de quelques
1400 pages, d’un texte de Cortázar, inédit
en français : Quelques aspects du conte,
correspondant à une conférence donnée en
1963 au cours de son second voyage à Cuba : « Dans
mon cas, la grande majorité de mes contes ont été
écrits –comment dire – en marge de ma volonté,
par-dessus ou par dessous ma conscience raisonnante, et comme
si je n’étais qu’un médium par lequel
passait et se manifestait une force étrangère
» (extrait).
Ce livre
se termine par Vie et Œuvre 1914-1984
illustré de photographies appartenant pour la plupart
au fonds iconographique de Julio Cortázar déposé
par Aurora Bernardez (qui fut sa première épouse
et maintenant sa légataire universelle) au Centro Galego
de Artes da Imaxe et de documents divers et extraits de lettres
personnelles. Il me paraît nécessaire d’évoquer
la mémoire de Laure Guille-Bataillon qui fut sa traductrice
en français et proche du couple, disparue peu de temps
après son ami. On regrettera que Sylvie Protin ne se
soit pas plus penchée sur les rapports de Cortázar
avec la musique et notamment le jazz
: « le jazz tient une place importante dans mon œuvre
à un point qui a choqué certains critiques littéraires,
car en faisant avec eux le jeu de l’île déserte,
j’ai toujours répondu que si je devais choisir
entre littérature et musique, ce serait la musique.
»
Un ouvrage
fortement conseillé pour nous inciter à lire et
relire son œuvre et, comme le souligne Sylvie Protin, «
faire entendre un peu mieux dans notre langue la polyphonie
des voix de Cortázar. »
Jacques
Chesnel
(avril 2008)
Jacques
Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie
du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont
Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et
Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas)
; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années
de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

http://www.gallimard.fr/
La
présence du jazz dans l’oeuvre de Julio Cortázar
un
article de Jacques Chesnel, suivi d'un entretien avec
l'auteur (février 1977)