Ecrits sur l’art et les artistes
Denis Diderot

Choix de textes, introduction et notes de Jean Seznec suivi d’article de J. Starobinski, M. Delon, A. Cohen.
Hermann, 2007

 

 

 

Les Salons de Diderot, en relief

Reprise d’un ouvrage fondamental, publié en 1967 et épuisé, ce volume lui adjoint de nouveaux textes : « Diderot dans l’espace des peintres », un texte de Jean Starobinski, publié antérieurement dans un catalogue d’exposition (« Diderot et l’art, de Boucher à David », 1984) ; « Le regard détourné – Diderot et les limites de la représentation », un texte de Michel Delon en partie issu de l’ouvrage Le Regard et l’objet. Diderot critique d’art (1989) ; « De la composition selon Diderot », un texte inédit d’Arthur Cohen, éditeur de cette réédition. Cette anthologie de textes de Diderot sur l’art, établie par Jean Seznec, puise aussi bien dans les Salons que dans la Lettre sur les aveugles, l’Essai sur la peinture ou des textes moins connus, des lettres et des fragments. La grande connaissance de Seznec, l’un des tout premiers éditeurs des Salons, lui permet de tisser des liens précieux qui donnent à la pensée de Diderot sur l’art toute son ampleur et sa complexité.

Le regroupement de ces textes autour de thématiques offre pour la lecture de ses œuvres un arrière-plan qui s’organise autour de définitions (le beau, le génie,…) et de réflexions sur les conditions de l’art, sur la critique ou sur les différents types de peinture (d’histoire, de paysages, de portraits, de nature morte ou de genre). Ainsi, au-delà des simplifications habituelles qui opposent Boucher à Greuze et élèvent Chardin, on voit se dessiner le portrait d’un amateur exigeant toujours en mouvement. La préface de Jean Seznec met en valeur les contradictions autant que les constantes des idées de Diderot sur l’art et le mouvement qui le met en état de perpétuelle surprise.

Le texte de J. Starobinski propose une synthèse sur les rapports de Diderot à la peinture. Il montre comment celui-ci en est venu à la critique et a inventé un style particulier, fait de prétérition, de méditation, de recréations. La philosophie et la politique guident le regard de l’écrivain aussi bien que l’enthousiasme et le plaisir sensuel de l’évocation. Le texte de Michel Delon, passionnant et stimulant, s’arrête sur une catégorie particulière de peintures évoquées dans les Salons, celles qui mettent en scène un sacrifice. A partir de là, se dessine ce qui peut être ou ne pas être représenté par la peinture selon Diderot : la scène de sacrifice apparaît comme un déplacement qui permet d’évoquer plus largement la cruauté et la fascination qu’elle exerce sur le spectateur tout en légitimant la présence d’un corps érotisé. Une esquisse d’une « histoire de l’œil » montre un lien, de Diderot à Bataille, qui pourrait être tissé entre les époques et entre les arts, révélateur pour la question de la représentation.

Arthur Cohen s’intéresse à la composition, qui fait l’objet d’un chapitre de l’Essai sur la peinture, trop souvent oubliée, alors qu’elle est selon lui la « clef de voûte de l’ouvrage ». En s’appuyant sur des textes de Diderot dans l’Encyclopédie, il montre que plus qu’ordonnance, elle est le « faire » même du peintre et donne au tableau son unité et son intelligibilité.
Ce recueil, tombé à pic pour les agrégatifs de 2008, sera aussi précieux pour ceux qui préparent le concours de l’ENS qui a mis un volume des Salons de Diderot (Ruines et paysages) au programme.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(juillet 2008 )

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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