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Les
Salons de Diderot, en relief
Reprise d’un
ouvrage fondamental, publié en 1967 et épuisé,
ce volume lui adjoint de nouveaux textes : « Diderot dans
l’espace des peintres », un texte de Jean Starobinski,
publié antérieurement dans un catalogue d’exposition
(« Diderot et l’art, de Boucher à David
», 1984) ; « Le regard détourné –
Diderot et les limites de la représentation »,
un texte de Michel Delon en partie issu de l’ouvrage Le
Regard et l’objet. Diderot critique d’art
(1989) ; « De la composition selon Diderot »,
un texte inédit d’Arthur Cohen, éditeur de cette
réédition. Cette anthologie de textes de Diderot sur
l’art, établie par Jean Seznec, puise aussi bien dans
les Salons que dans la Lettre
sur les aveugles, l’Essai sur la
peinture ou des textes moins connus, des lettres et
des fragments. La grande connaissance de Seznec, l’un des
tout premiers éditeurs des Salons, lui permet de
tisser des liens précieux qui donnent à la pensée
de Diderot sur l’art toute son ampleur et sa complexité.
Le regroupement
de ces textes autour de thématiques offre pour la lecture
de ses œuvres un arrière-plan qui s’organise autour
de définitions (le beau, le génie,…) et de réflexions
sur les conditions de l’art, sur la critique ou sur les différents
types de peinture (d’histoire, de paysages, de portraits,
de nature morte ou de genre). Ainsi, au-delà des simplifications
habituelles qui opposent Boucher à Greuze et élèvent
Chardin, on voit se dessiner le portrait d’un amateur exigeant
toujours en mouvement. La préface de Jean Seznec met en valeur
les contradictions autant que les constantes des idées de
Diderot sur l’art et le mouvement qui le met en état
de perpétuelle surprise.
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Le texte
de J. Starobinski propose une synthèse sur les rapports
de Diderot à la peinture. Il montre comment celui-ci
en est venu à la critique et a inventé un
style particulier, fait de prétérition, de
méditation, de recréations. La philosophie
et la politique guident le regard de l’écrivain
aussi bien que l’enthousiasme et le plaisir sensuel
de l’évocation. Le
texte de Michel Delon, passionnant et stimulant, s’arrête
sur une catégorie particulière de peintures
évoquées dans les Salons, celles
qui mettent en scène un sacrifice. A partir de là,
se dessine ce qui peut être ou ne pas être représenté
par la peinture selon Diderot : la scène de sacrifice
apparaît comme un déplacement qui permet d’évoquer
plus largement la cruauté et la fascination qu’elle
exerce sur le spectateur tout en légitimant la présence
d’un corps érotisé. Une esquisse d’une
« histoire de l’œil » montre
un lien, de Diderot à Bataille, qui pourrait être
tissé entre les époques et entre les arts,
révélateur pour la question de la représentation.
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Arthur Cohen
s’intéresse à la composition, qui fait l’objet
d’un chapitre de l’Essai sur la peinture, trop
souvent oubliée, alors qu’elle est selon lui la «
clef de voûte de l’ouvrage ». En s’appuyant
sur des textes de Diderot dans l’Encyclopédie,
il montre que plus qu’ordonnance, elle est le « faire
» même du peintre et donne au tableau son unité
et son intelligibilité.
Ce recueil, tombé à pic pour les agrégatifs
de 2008, sera aussi précieux pour ceux qui préparent
le concours de l’ENS qui a mis un volume des Salons
de Diderot (Ruines et paysages) au programme.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(juillet 2008 )
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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