Penser
la responsabilité des hommes à l’égard
des animaux
L’éthique animale est la branche de la philosophie
morale qui cherche à penser la relation entre l’homme
et l’animal. Très développée dans les
pays anglo-saxons, elle est encore embryonnaire en France, pour
des raisons essentiellement culturelles (une tradition culinaire
et un humanisme fortement ancrés). Jean-Baptiste Jeangène
Vilmer, chercheur à l’EHESS et enseignant, propose
dans cet ouvrage une introduction aux différents courants
de pensée en éthique animale, dans une synthèse
assez complète qui s’adresse à ceux qui ne connaissent
pas bien cette question fondamentale, et de plus en plus présente
dans les débats contemporains.
Oubliez
tout de suite Brigitte Bardot et ses bébés phoques.
Ce n’est pas du tout ce dont il s’agit. Pour l’auteur,
ce type d’intervention pour le bien-être des animaux
a durablement discrédité leur cause aux yeux de l’opinion,
l’assimilant à un sentimentalisme larmoyant dénué
de fondement rationnel. Si connaître les différentes
formes de maltraitance de l’animal par l’homme constitue
bien un point de départ à la réflexion (un
exposé exhaustif des problèmes constitue la deuxième
partie de l’ouvrage), elle ne saurait suffire pour comprendre
les enjeux de la relation entre l’homme et l’animal.
Jean-Baptiste
Jeangène-Vilmer expose dans Ethique animale de
nombreux courants de pensée, de l’Antiquité
au XXIème siècle, du militantisme extrémiste
aux contradicteurs les plus virulents de l’éthique
animale, de l’anthropocentrisme à l’antispécisme,
en accordant une place non négligeable aux philosophes français
qui s’intéressent au sujet. Il aborde aussi les angles
religieux, scientifique, politique, et même féministe.
Mais son
ouvrage n’est pas une compilation froide de différentes
approches. Au contraire, les considérer les unes par rapport
aux autres ne l’empêche pas d’afficher clairement
son positionnement personnel : il est utilitariste et pragmatique,
dans la lignée du philosophe Peter Singer qui préface
l’ouvrage. Son point de vue est modéré et cherche
avant tout à mesurer les conséquences des actes, plutôt
que de se reposer sur des principes (le déontologisme). Il
est réformiste, c’est-à-dire favorable à
tout ce qui peut améliorer le traitement de l’animal
par l’homme, plutôt qu’abolitionniste (exigeant
l’arrêt immédiat de toute exploitation animale).
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Cette
approche modérée présente l’avantage
d’être fédératrice et d’engager
le lecteur à se sentir concerné lui aussi par
le sujet, sans avoir l’impression de se faire embrigader
dans un radicalisme qui susciterait sa méfiance.
Ethique animale donne les outils pour aborder
sereinement un sujet polémique et souvent évacué
par des stratégies d’exclusion puissantes, qui
ont pour fonction de nous rassurer et nous conduisent à
trouver normal d’exploiter les animaux (en particulier
le maniement de l’euphémisme, qui déguise
la réalité, ou différents discours-alibis
intégrés dès l’enfance, et analysés
par l’auteur).
Une
lecture convaincante, qui introduit à une réflexion
morale dont on ne peut plus faire l’économie.
Myriam
Gallot
(juillet 2008) |
Myriam
Gallot, passionnée de littérature
et de cinéma documentaire de création, exerce actuellement
le métier de professeur de Lettres en lycée, mais
aspire à vivre de l'écriture.
http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/

du même
auteur
Sade moraliste
Le
dévoilement de la pensée sadienne à la lumière
de la réforme pénale au XVIIIe siècle, Éditions
Droz, Collection « Bibliothèque des Lumières
», Volume 66, Genève, 2005
http://www.jbjv.com/
http://www.puf.com
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