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Autobiographie d’un roman
Le titre résolument
atypique (à l’instar de ceux des deux précédents
romans de l’auteure parus à L'école des Loisirs)
fait écho au roman lui-même, un objet hybride, entre
fausse autobiographie et petit traité sur ce que représente
la littérature et la place qu’elle occupe dans l’existence
d’un individu au premier abord banal : Etienne, adolescent
sans réelle passion, dont les parents sont en plein divorce,
qui vient pourtant de subir une métamorphose miraculeuse…
Lui qui détestait tout ce qui ressemblait de près
ou de loin à un livre a subitement découvert la lecture
(grâce à Salinger…) et, dans la foulée,
l’écriture… Pour lui, l’un ne va pas sans
l’autre et il pousse l’analogie jusqu’à
affirmer, très joliment, que « lire et écrire,
c’est comme caresser et se faire caresser. » Le
jeune homme a décrété qu’écrire
un journal intime était une «occupation pitoyable.
Ou prétentieuse.», aussi opte-t-il pour le genre
autobiographique, et se résout-il à envoyer son manuscrit
à un éditeur. Car à quoi servirait d’écrire
s’il n’était pas lu ? Ce n’est pas par
vanité qu’il agit ainsi, mais parce que l’écriture
ne se suffit pas à elle-même ; pour lui, « Ces
mots ne veulent rien dire si vous n’êtes pas là
pour les lire. », une belle déclaration (teintée
de flatterie ?) qui témoigne du lien très fort qui
peut (parfois) naître entre le texte et son lecteur.
Par le biais de ce narrateur captivant (doté d’une
lucidité qui rend sa candeur d’autant plus touchante),
qui relate pourtant une aventure somme toute assez quelconque (Etienne
tombe amoureux d’une fille qui ne le mérite pas ou
qui l’aime moins que lui ne l’aime), Ellen Willer déconstruit
habilement les mécanismes du roman miroir : en dévoilant
les ressorts du récit (Etienne écrit tout en expliquant
comment il s’y prend, en revenant sur ses hésitations
et ses choix d’auteur, ses stratégies tâtonnantes
et ses découvertes progressives des ressources de la langue),
et en proposant de multiples pistes d’exploration sur la littérature,
les livres, le travail de l’auteur et celui du lecteur, sans
assener de généralités ou imposer ses choix,
toujours avec humour et finesse (à l’image de son narrateur).
Ainsi, plusieurs questions soulevées par Etienne tarauderont
ensuite son lecteur : comment le goût de la lecture peut-il
jaillir spontanément, pourquoi un livre arrive-t-il parfois
de manière inattendue, de quelle façon choisir ses
lectures (chaque chapitre porte le nom d’un auteur, de Jane
Austen à Proust ou Sagan), et faut-il accepter d’en
être parfois déçu ? Ellen Willer en profite
aussi pour glisser çà et là des piques plutôt
amusantes (dirigées contre les critiques littéraires,
qui « lisent pour avoir lu » et non pour lire,
tout simplement…). Ajoutons à ces considérations
d’autres commentaires, effectués discrètement,
mais qui n’en sont pas moins essentiels, sur le désir
du lecteur et sa participation active, et surtout l’idée
que « ce n’est pas l’histoire qui compte.
C’est le pouvoir qu’elle a de transporter le lecteur
ailleurs. »… À dire vrai, Etienne, même
si la vie (comme la littérature) lui réserve encore
des surprises, a beaucoup appris de ses lectures et de son travail
de lecteur et en tire de judicieuses conclusions, et on félicitera
Ellen Willer qui a ici réussi son pari d’auteure :
signons sans hésitation le pacte narratif qu’elle nous
propose !
Blandine
Longre
(septembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice
et critique littéraire, elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com/
http://www.myspace.com/blandinelongre

lire
aussi
Le garçon qui ne s’intéressait
qu’aux filles -
L'école des Loisirs, Medium, 2006
http://www.ecoledesloisirs.fr
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