Camelot
de Fabrice Collin

Le Seuil jeunesse, 2007, collection Karactère(s)

 

 

 

Sur les traces d'Arthur

Cela se passe au pensionnat Saint-James, de B., un pensionnat à l’ancienne, « un endroit perdu dans la nature, un manoir entouré d’un parc forestier où s’élevait une armée d’érables et de chênes centenaires. » Cela se passe durant l’été. A Saint-James, l’été, il y a des élèves, ceux qui n’ont pas obtenu leurs diplômes de fin d’année en juin et que leurs parents condamnent aux révisions et au travail scolaire forcé. Elèves nonchalants, rêveurs, plutôt gosses de riches consignés dans une prison dorée.
Parmi eux, il y a Nathan, 17 ans, le narrateur, et ses amis Eric, David et Mathis. Résignés à subir cet été studieux à raison de sept heures de cours par jour. Mais un soir arrive Arthur, à bord d’une limousine blanche conduite par un chauffeur. Son père est un spécialiste reconnu d’histoire médiévale. Arthur surgit comme un prince, dans son ample manteau noir, et se comporte comme tel. Lui aussi est assigné aux travaux forcés, mais il dispose d’une chambre particulière alors que les pensionnaires cohabitent au dortoir. Tout de suite il marque sa différence, son charisme fascine ainsi que les libertés qu’il prend avec les règles.
Très vite, le petit groupe d’amis se désolidarise. L’un après l’autre, ils succombent au charme d’Arthur et Nathan constate que, la nuit, ses trois amis disparaissent. Et puis le matin, ils se montrent étrangement distants et absents. Nathan finit par s’en ouvrir à Arthur qui lui propose alors de rejoindre le cercle de la Table Ronde qu’il a formé, auquel participent les amis de Nathan, et qui se réunit la nuit. Arthur en est le roi incontesté et son enthousiasme, son exaltation communiquent aux nouveaux chevaliers une ardeur toute nouvelle et un besoin de se surpasser.

Mais le cercle prend bientôt une dimension plus inquiétante : Arthur propose à ses chevaliers une étrange quête du Graal dans un château situé à quelques kilomètres du pensionnat. Il s’agit de sa propre maison, où vit son père et la jeune amie de ce dernier. Les garçons, naïvement, se lancent dans cette quête, sans mesurer le danger. Dans le parc du château, ils trouvent un homme et une femme qui rôdent et qui sont à la recherche d’Excalibur ; Arthur se fait attaquer par un certain Mordred avant de disparaître… Puis la quête tourne au drame, une femme meurt assassinée. Le père d’Arthur révèle aux adolescents la véritable nature de son fils…

Autant de révélations et d’aventures presque initiatiques, qui marquent à jamais les quatre amis, et qui les font passer sans transition du monde protégé qui était encore le leur au début de l’été à celui des adultes, avec ce qu’il contient de caché, de tragique, de rêves brisés.
Fabrice Colin explique qu’il avait envie depuis longtemps d’écrire une histoire de pensionnat, qu’il avait beaucoup aimé Le Grand Meaulnes et surtout Les disparus de Saint-Agil, le film de Christian-Jaque sorti en 1938, adapté d’un roman de Pierre Véry.
Il modernise bien sûr le sujet en situant son récit dans l’époque contemporaine. Mais le lieu de l’action, ce pensionnat, reste finalement assez intemporel, tout comme les thèmes qu’il développe dans cette belle variation : exaltation de l’adolescence ; solidité de l’amitié ; quête chevaleresque ; envie d’absolu ; adolescent charismatique et romantique ; valeur du courage ; nécessité de se dépasser pour avancer et pouvoir surmonter ses peurs et ses démons…
Il maîtrise parfaitement son affaire et le suspense, qui reste très dense du début à la fin, distillant les clés très délicatement. Il sait aussi créer une véritable atmosphère, qui repose sur un lourd secret de famille dans lequel nos apprentis chevaliers vont faire irruption sans véritablement en mesurer la densité.
Un roman d’initiation très réussi, au charme envoûtant, qui s’adresse aux adolescents mais que les lecteurs adultes peuvent goûter aussi.

Catherine Gentile
(octobre 2007)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

Invisible de Fabrice Colin Mango, Autres mondes, 2006