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Sur
les traces d'Arthur
Cela
se passe au pensionnat Saint-James, de B., un pensionnat à
l’ancienne, « un endroit perdu dans la nature, un
manoir entouré d’un parc forestier où s’élevait
une armée d’érables et de chênes centenaires.
» Cela se passe durant l’été. A Saint-James,
l’été, il y a des élèves, ceux
qui n’ont pas obtenu leurs diplômes de fin d’année
en juin et que leurs parents condamnent aux révisions et
au travail scolaire forcé. Elèves nonchalants, rêveurs,
plutôt gosses de riches consignés dans une prison dorée.
Parmi eux, il y a Nathan, 17 ans, le narrateur, et ses amis Eric,
David et Mathis. Résignés à subir cet été
studieux à raison de sept heures de cours par jour. Mais
un soir arrive Arthur, à bord d’une limousine blanche
conduite par un chauffeur. Son père est un spécialiste
reconnu d’histoire médiévale. Arthur surgit
comme un prince, dans son ample manteau noir, et se comporte comme
tel. Lui aussi est assigné aux travaux forcés, mais
il dispose d’une chambre particulière alors que les
pensionnaires cohabitent au dortoir. Tout de suite il marque sa
différence, son charisme fascine ainsi que les libertés
qu’il prend avec les règles.
Très vite, le petit groupe d’amis se désolidarise.
L’un après l’autre, ils succombent au charme
d’Arthur et Nathan constate que, la nuit, ses trois amis disparaissent.
Et puis le matin, ils se montrent étrangement distants et
absents. Nathan finit par s’en ouvrir à Arthur qui
lui propose alors de rejoindre le cercle de la Table Ronde qu’il
a formé, auquel participent les amis de Nathan, et qui se
réunit la nuit. Arthur en est le roi incontesté et
son enthousiasme, son exaltation communiquent aux nouveaux chevaliers
une ardeur toute nouvelle et un besoin de se surpasser.
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Mais
le cercle prend bientôt une dimension plus inquiétante
: Arthur propose à ses chevaliers une étrange
quête du Graal dans un château situé à
quelques kilomètres du pensionnat. Il s’agit
de sa propre maison, où vit son père et la jeune
amie de ce dernier. Les garçons, naïvement, se
lancent dans cette quête, sans mesurer le danger. Dans
le parc du château, ils trouvent un homme et une femme
qui rôdent et qui sont à la recherche d’Excalibur
; Arthur se fait attaquer par un certain Mordred avant de
disparaître… Puis la quête tourne au drame,
une femme meurt assassinée. Le père d’Arthur
révèle aux adolescents la véritable nature
de son fils… |
Autant de révélations
et d’aventures presque initiatiques, qui marquent à
jamais les quatre amis, et qui les font passer sans transition du
monde protégé qui était encore le leur au début
de l’été à celui des adultes, avec ce
qu’il contient de caché, de tragique, de rêves
brisés.
Fabrice Colin explique qu’il avait envie depuis longtemps
d’écrire une histoire de pensionnat, qu’il avait
beaucoup aimé Le Grand Meaulnes et surtout Les
disparus de Saint-Agil, le film de Christian-Jaque sorti en
1938, adapté d’un roman de Pierre Véry.
Il modernise bien sûr le sujet en situant son récit
dans l’époque contemporaine. Mais le lieu de l’action,
ce pensionnat, reste finalement assez intemporel, tout comme les
thèmes qu’il développe dans cette belle variation
: exaltation de l’adolescence ; solidité de l’amitié
; quête chevaleresque ; envie d’absolu ; adolescent
charismatique et romantique ; valeur du courage ; nécessité
de se dépasser pour avancer et pouvoir surmonter ses peurs
et ses démons…
Il maîtrise parfaitement son affaire et le suspense, qui reste
très dense du début à la fin, distillant les
clés très délicatement. Il sait aussi créer
une véritable atmosphère, qui repose sur un lourd
secret de famille dans lequel nos apprentis chevaliers vont faire
irruption sans véritablement en mesurer la densité.
Un roman d’initiation très réussi, au charme
envoûtant, qui s’adresse aux adolescents mais que les
lecteurs adultes peuvent goûter aussi.
Catherine
Gentile
(octobre 2007)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

Invisible
de Fabrice Colin
Mango, Autres
mondes, 2006
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