|
Le
syndrome adolescent
Entre
France et Japon, Fabrice Colin nous invite à entrer dans
le monde intérieur d’un adolescent qui rêve de
métamorphose, un univers narratif composé de séquences
relativement brèves, parfois morcelées, qui empruntent
de temps à autre au style cinématographique. Le garçon
rêve d’une transformation radicale qui lui permettrait
de donner un sens à sa vie, de se trouver, et peut-être
de surmonter la disparition d’une mère dont on ne saura
pas grand-chose, hormis qu’elle se serait suicidée,
une perte qui a marqué l’enfance. La mère, justement,
présence qui dit rarement son nom mais qui plane dans l’esprit
du narrateur - solitaire de son plein gré, nomade par le
métier de son père. Une existence quelque peu mécanique
- « ça fait des années, et rien ne change,
tout est figé dans un présent éternel qui s’étire…
». Mais de coups de fil énigmatiques en rencontres
qui ne le sont pas moins avec un inconnu dont le visage est caché
sous un sac en papier, les choses vont enfin bouger et une obsession
grandissante pour la figure du monstre Godzilla et de ses diverses
facettes, au fil de sa filmographie, va mener le narrateur sur des
routes aux issues multiples, vers des ailleurs possibles, à
condition de conjurer le sentiment de culpabilité qui le
maintient en enfance et de se débarrasser des démons
et des blessures du passé, comme on le ferait d’une
vieille peau.
 |
Roman
d’apprentissage déguisé en fantasmagorie
métaphorique (du moins dans la seconde partie, où
le narrateur retrouve Tokyo, ville de ses « rêves
» et aussi de sa mémoire, « carrefour
éternel », où évolue en
parallèle un autre double de Godzilla, dont on suit
le récit autobiographique), Le
syndrome Godzilla est un beau roman déstabilisant,
hors normes, habité d’une indéniable
mélancolie qui n’empêche pourtant pas
d’envisager l’idée rassurante d’un
avenir.
B.
Longre
(juin 2008)
|
"Les
Mues"
L'intitulé
de cette collection créée aux éditions Intervista
par Constance Joly-Girard évoque d’emblée transformations,
métamorphoses et autres mutations – sans oublier l’idée
associée de transition. Car rien n’est jamais immuable,
justement, et les changements de peau successifs que nous connaissons
tous sont partie prenante de l’expérience humaine.
L'éditrice entend, depuis le début, proposer une littérature
« transgenre, moderne, audacieuse et sans tabou »,
résolument « adulte », mais dans laquelle les
adolescents et les « jeunes adultes » sont tout à
fait susceptibles de se retrouver.
La
collection accueille des textes très différents les
uns des autres – des choix qui reflètent une belle
ouverture d’esprit mais aussi le désir de lancer de
nouveaux auteurs aux côtés d'auteurs confirmés,
hors des sentiers battus, ou des artistes dont c'est la première
incursion dans un univers livresque. Du vent dans mes
mollets, de Raphaële Moussafir, relate les expériences
et les découvertes d’une fillette de neuf ans, Rêver,
grandir et coincer des malheureuses (sous-titré
"Biographie sexuelle d'un garçon moyen"
! très amusant) de Frédéric Recrosio, "parle
de sexualité sans une once de vulgarité ni de misogynie",
L’enchanteur et illustrissime
gâteau café-café d’Irina Sasson de
Joëlle Tiano mérite assurément le détour
et Enfin nue ! de Catherine Siguret, "confessions
d'un nègre écrivain", qui pratique un drôle
de métier, est disponible en librairie depuis le 15 mai dernier.
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

www.editionsintervista.com
|