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La
nuit, la vie : vie de la nuit, nuit de la vie
Avec ce nouveau
livre traduit de Murakami, nous sommes invités à parcourir
toute une nuit, une seule, de 23h 56 à 6h 52, et à
ressentir de façon très intense le passage très
particulier du temps. « La nuit, la nuit possède
une horloge différente. Inutile de lui résister
», dit un serveur de bar. Et c’est bien dans ce rythme
qu’est pris le lecteur, dans une fascination étrange,
qui repose apparemment sur peu de choses tout en donnant l’impression
que des drames se jouent.
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Chaque
chapitre est précédé du dessin d’une
horloge. Le temps s’écoule de façon linéaire
ou parallèle. Plusieurs personnages, qu’ils dorment
ou qu’ils veillent, égrènent ce temps,
ensemble ou séparément et y vivent d’étranges
expériences, à la fois bien ancrées dans
la réalité (celle d’une ville la nuit,
celle des relations sociales, de l’argent, du goût
: ce qu’on mange, ce qu’on boit, ce qu’on
aime ou non) et légèrement ou totalement décalées.
Takahashi, le jeune étudiant en droit qui répète
avec un groupe (il joue du trombone) et parle longuement avec
Mari, la jeune fille qui est au centre de cette histoire,
exprime ses idées sur le monde avec une sensibilité
à fleur de peau. Eri, la sœur de Mari, dort, depuis
des jours et des jours ; elle refuse de se réveiller.
Pendant ce temps dans sa chambre la télévision
vit sa vie et ouvre un univers parallèle qui parfois
l’engloutit (il y a du David Lynch dans ces scènes).
Et Mari, on ne sait : elle se tait, elle écoute, elle
lit et cette nuit qu’elle a voulue blanche l’amène
à une autre conscience d’elle-même et des
autres. |
C’est
un roman d’une grande poésie, autour de la ville, du
temps, de la jeunesse. Ici, le roman emprunte beaucoup au cinéma
: on s’approche, on change d’angle, champ/contre-champ,
le son augmente ou diminue, c’est flou ou plus net. Un «
love-hotel » s’appelle Alphaville, et offre l’occasion
d’une évocation du monde du film de Godard. La musique,
comme souvent chez Murakami, est presque partout présente
(jazz surtout) et fait penser qu’il faudrait inventer une
catégorie à part, celle des romans qui donnent envie
de musique.
C’est une certaine idée de la littérature en
actes que développe ici Murakami. Elle agirait comme la création
musicale telle que l’évoque Takahashi : créer
véritablement, « ça veut dire que…
grâce à la musique qui atteint profondément
mon cœur, je sois physiquement ébranlé dans mon
corps ; dans le même temps, que j’ébranle physiquement,
aussi, le corps de celui qui écoute. En somme, créer
ce genre d’état d’esprit, ressenti en commun,
enfin… je crois ». Ce « passage » est
une expérience qu’on devine unique pour chacun des
personnages, et une expérience de lecture tout aussi unique.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(mars 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

Vient
de paraître
La ballade de l’impossible
Belfond, 2007
http://www.belfond.fr/
littérature
japonaise
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