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Après
l’Odyssée, voici l’Enéide en trilogie
(c’est le premier tome), revue par Michel Honaker, dans un
volume très bien présenté (belle maquette,
belle illustration de couverture de Laurent Beauvallet, fidèle
à ce qu’on trouvera dans le livre : l’accent
mis sur un jeune héros et une troupe hétéroclite
et errante).
On ne reviendra pas sur la déception, l’agacement causé
par la première série, bien loin de l’esprit
de l’épopée. Ne s’attendant à rien
d’autre on pourra savourer ce gros roman plein d’événements,
de bruit et de fureur, moins tragique cependant que ses illustres
modèles. La prise de Troie et le massacre des habitants sont
évoqués rapidement et avec discrétion –
par volonté d’épargner les jeunes lecteurs ?
Le lecteur adulte s’amusera même de tous les anachronismes
et invraisemblances qui parsèment le récit : on s’y
indigne du massacre des « populations civiles »,
Eole s’ennuie en attendant le retour de ses enfants et Zeus,
très, trop humain, a des conversations avec son frère
Hadès ou avec son épouse qui relèvent du dialogue
de la tragi-comédie familiale. Il parcourt enfin ses domaines
comme un propriétaire, pas toujours heureux de la tournure
des événements qu’il ne découvre que
tardivement. On trouve même ici une annonce d’un «crépuscule
des dieux» assez inattendu, la remplaçante de Troie
(Rome) devant causer leur chute.
Les apparitions des dieux et des spectres ponctuent le récit,
lui donnant une touche de sombre fantastique. Très belle
présentation du royaume des morts et de son souverain. L’île
des Harpies où les fuyards manquent de se faire massacrer
est repoussante à souhait. Chez Honaker, Héra est
terrifiante et son personnage ajoute une pointe de lascivité
à cette chaste histoire : les services qu’on lui rend
sont payés par de belles femmes ou de beaux rêves lascifs.
Le monde des héros est tout petit : s’ils échappent
de peu à Circé c’est pour y envoyer Ulysse,
rencontré par hasard au milieu de l’océan…
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Cela
dit, la perspective du récit qui se focalise sur le
couple que forment Enée et son fils Ascagne donne aux
événements un attrait particulier. Ascagne,
demi-muet mais possédant une vue plus perçante
que quiconque, Enée, inconsolable de la perte de sa
femme et s’inquiétant d’avoir négligé
son fils pendant les années de guerre, Anchise un peu
en retrait mais atténuant les différends entre
le général et ses hommes, notamment Misène
l’acariâtre dont on attend la triste fin, tous
ces personnages sont attachants. Les souffrances endurées
par les éternelles victimes de la colère d’Héra
sont pathétiques et l’on suit leurs péripéties
avec intérêt, chaque chapitre promettant de l’inattendu.
L’infidélité au texte d’origine
a du bon !
Anne-Marie
Mercier
(juillet 2008) |
.Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

Odyssée
(tome II, Les
naufragés de Poséidon)
de Michel Honaker Flammarion, 2006
http://editions.flammarion.com/
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