Hôpital, même pas mal !
33 fragments de vie à l’hôpital
Muriel Martinella

Editions Après la Lune, Collection Tous les Possibles, 2007

 

 


« Hôpital même pas mal » mais la chute est douloureuse

Qui n’a jamais passé ne serait-ce que quelques jours à l’hôpital serait bien en peine de saisir tout le sens, toute l’ironie, tous les sourires que déclenchent ces 33 fragments de vie dans un centre hospitalier. Dans un sens tant mieux ! Cela dit, chacun a été forcément un jour, soit patient, soit personnel soignant, ou au moins une fois visiteur.

Ce recueil de nouvelles s’adresse donc à tous mais encore plus à ceux qui passent du temps dans ce lieu. Inexorablement, ils s’identifieront à l’un ou l’autre des personnages ; ils se retrouveront dans l’une ou l’autre de ces situations, dans cet espace si particulier où le temps est suspendu et le quotidien transformé en grande aventure humaine.
Muriel Martinella décrit des bribes de vie qui a priori ne sont pas forcément tous très drôles, mais s’exprime de manière dynamique et joviale ; son écriture est bien souvent enlevée mais inégale selon les nouvelles. Les scènes cocasses auraient pu être poussées un peu plu loin, enjolivées par un humour encore plus caustique. Tandis que les récits, dirons-nous plus tragiques, sont admirablement écrits et poignants. Certaines nouvelles sont un peu longues et ennuyeuses, a contrario de celle qui raconte l’histoire de ces deux femmes cohabitant dans la même chambre et qui, en deux jours, connaissent déjà tout de la vie de l’autre. C’est que le temps est long à l’hôpital, on a tout le loisir de papoter entre deux soins, le passage des infirmières, des médecins et des aides-soignantes. Bien entendu ces femmes deviennent les meilleures amies du monde, promettent de se revoir et ne le feront jamais. Ca vous rappelle des souvenirs ?!
On rit aussi parfois de bon cœur en lisant par exemple le dialogue savoureux entre une amie venue rendre visite à sa copine alitée et la « gentille » hypocrisie dont elle fait preuve :
«- Je dois avoir une tête à faire peur ? »
« -Taratata ! Jamais on ne pourrait penser que tu viens juste d’être opérée. » (Mon Dieu, je n’en crois pas mes yeux, elle a pris dix ans !)

Le début de l’ouvrage est onc plaisant, agréable ; l’idée de nouvelles se déroulant à l’hôpital est excellente, néanmoins on finit par se lasser au fur et à mesure de la lecture, et la prose est presque trop soutenue pour le genre et le thème. Ce livre était alléchant, il n’a pas tenu toutes ses promesses. L’art de la nouvelle n’est pas chose aisée, ce type de texte doit retenir l’attention du lecteur en très peu de pages ; tout doit être percutant, mettre une claque au lecteur, ce qui n’est malheureusement pas le cas dans ce recueil. L’auteur a un réel potentiel mais on attendra qu’elle puisse nous livrer une oeuvre parfaitement ficelée.

Apoline Saybec
(juin 2008)

Apoline Saybec est historienne de formation. Elle a été rédactrice en chef d’un mensuel économique puis généraliste. Journaliste en presse écrite, elle est passionnée par l’être humain ; elle aime autant l’histoire que l’actualité, la littérature que le cinéma, la sociologie que la psychologie... Tout ce qui permet de comprendre le monde qui l’entoure, de transmettre ce qu’elle apprend ou ce qu’elle a vécu est le terreau de son existence. S’évader, rêver, imaginer au travers des livres… le voyage, dans tous les sens du terme, est son moteur.

 

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