Seul sur la mer immense
de Michael Morpurgo

traduit de l'anglais par Diane Ménard
Gallimard jeunesse, 2008

 

 

 

Chant à deux voix

Deux histoires en un livre, toutes deux liées par la même quête. La première est le récit qu'Arthur fait de sa vie juste avant de mourir sans avoir réalisé son rêve : retrouver sa sœur Kitty (s’il ne l’a pas inventée) et savoir à quoi correspond la clef qu’elle lui a donnée avant son départ lorsque à 6 ans, orphelin anglais, il est envoyé en Australie sur un bateau plein d’enfants dans la même situation que lui. C’est une histoire amère, un apprentissage de la vie très dur, avec un temps d’esclavage dans une ferme qui ressemble au bagne d’enfants du Passage de Louis Sachar, puis un temps de reconstruction dans un havre (une « arche » où enfants perdus et animaux orphelins se côtoient), et le départ vers le monde des hommes, du travail sur la mer, marqué par les massacres : massacre des thons, massacre d’hommes en guerre, perte de l’ami de toujours, solitude et dérives. Lancinants, des chansons et des poèmes l’accompagnent : « London bridge is falling down », Le « Dit du vieux marin » de Coleridge qui lui donnent le faible ancrage qui le maintient en vie jusqu’au moment où sa vie se reconstruit.

Le récit de sa fille commence juste après la mort d’Arthur. Elle s’embarque sur le Kitty 4, accompagnée par les mêmes chansons et le même poème, pour achever la quête d’Arthur et tenter de retrouver la vraie Kitty à l’autre bout du monde, et la serrure à laquelle correspond la clef. Tempêtes, drames, solitudes, escales. On est ici dans l’aventure maritime, avec de beaux moments de rencontre avec des animaux de la mer, sans mièvrerie parfois avec des épisodes cruels. Le voyage est aussi un apprentissage du deuil et une exploration de soi.
Dans ces deux faces, Michael Morpurgo utilise des styles différents. Le récit d’Arthur est raconté de manière assez classique, avec ton très prenant, nostalgique. C’est un récit hanté par les questions sur ses origines, mais aussi attentif aux paysages et aux animaux d’Australie (Kangourous et wombats) et fasciné par la mer. On y trouve les grands thèmes du récit d’apprentissage. Pour le second récit, il adopte une forme plus moderne, un langage plus proche de celui de ses lecteurs et mêle récit à la première personne et courriers électroniques, évocation des technologies modernes et vocabulaire de la navigation.

Si l’auteur fait montre toujours d’un même talent, la cohérence est parfois un peu lâche à l’intérieur de chaque récit : Arthur semble souffrir autant de la fatigue au service de la bonne Meg qu’à celui de l’horrible fermier Cooper ; Allie réagit dans ses premières pages comme si elle n’avait jamais fait de longues navigations. Mais le rythme reste toujours captivant et l’on y rencontre de merveilleux personnages : la femme du fermier tortionnaire, héroïque dans sa résignation puis dans sa révolte ; Meg, veuve solitaire qui se consacre au sauvetage d’animaux sauvages, Marty, l’ami fidèle qui se perd, Wes Snarkey, l’ancien ennemi, Marc Topolski, le navigateur de l’espace, et enfin la famille crétoise de la femme d’Arthur, mère d’Allie.
Un beau voyage autour de plusieurs destins, les uns brisés, les autres faits d’espoirs accomplis.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(juillet 2008 )

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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