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Chant
à deux voix
Deux histoires
en un livre, toutes deux liées par la même quête.
La première est le récit qu'Arthur fait de sa vie
juste avant de mourir sans avoir réalisé son rêve
: retrouver sa sœur Kitty (s’il ne l’a pas inventée)
et savoir à quoi correspond la clef qu’elle lui a donnée
avant son départ lorsque à 6 ans, orphelin anglais,
il est envoyé en Australie sur un bateau plein d’enfants
dans la même situation que lui. C’est une histoire amère,
un apprentissage de la vie très dur, avec un temps d’esclavage
dans une ferme qui ressemble au bagne d’enfants du Passage
de Louis Sachar, puis un temps de reconstruction dans un havre (une
« arche » où enfants perdus et animaux orphelins
se côtoient), et le départ vers le monde des hommes,
du travail sur la mer, marqué par les massacres : massacre
des thons, massacre d’hommes en guerre, perte de l’ami
de toujours, solitude et dérives. Lancinants, des chansons
et des poèmes l’accompagnent : « London bridge
is falling down », Le « Dit du vieux marin
» de Coleridge qui lui donnent le faible ancrage qui
le maintient en vie jusqu’au moment où sa vie se reconstruit.
Le récit
de sa fille commence juste après la mort d’Arthur.
Elle s’embarque sur le Kitty 4, accompagnée par les
mêmes chansons et le même poème, pour achever
la quête d’Arthur et tenter de retrouver la vraie Kitty
à l’autre bout du monde, et la serrure à laquelle
correspond la clef. Tempêtes, drames, solitudes, escales.
On est ici dans l’aventure maritime, avec de beaux moments
de rencontre avec des animaux de la mer, sans mièvrerie parfois
avec des épisodes cruels. Le voyage est aussi un apprentissage
du deuil et une exploration de soi.
Dans ces deux faces, Michael Morpurgo utilise des styles différents.
Le récit d’Arthur est raconté de manière
assez classique, avec ton très prenant, nostalgique. C’est
un récit hanté par les questions sur ses origines,
mais aussi attentif aux paysages et aux animaux d’Australie
(Kangourous et wombats) et fasciné par la mer. On y trouve
les grands thèmes du récit d’apprentissage.
Pour le second récit, il adopte une forme plus moderne, un
langage plus proche de celui de ses lecteurs et mêle récit
à la première personne et courriers électroniques,
évocation des technologies modernes et vocabulaire de la
navigation.
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Si l’auteur
fait montre toujours d’un même talent, la cohérence
est parfois un peu lâche à l’intérieur
de chaque récit : Arthur semble souffrir autant de
la fatigue au service de la bonne Meg qu’à
celui de l’horrible fermier Cooper ; Allie réagit
dans ses premières pages comme si elle n’avait
jamais fait de longues navigations. Mais le rythme reste
toujours captivant et l’on y rencontre de merveilleux
personnages : la femme du fermier tortionnaire, héroïque
dans sa résignation puis dans sa révolte ;
Meg, veuve solitaire qui se consacre au sauvetage d’animaux
sauvages, Marty, l’ami fidèle qui se perd,
Wes Snarkey, l’ancien ennemi, Marc Topolski, le navigateur
de l’espace, et enfin la famille crétoise de
la femme d’Arthur, mère d’Allie.
Un beau voyage autour de plusieurs destins, les uns brisés,
les autres faits d’espoirs accomplis.
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
(juillet 2008 )
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.nathan.fr
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