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Le
pouvoir des mots
Rosalio, un
jeune travailleur analphabète, « vêtu de
tristesse grise », tourmenté par « une
faim de l’âme », « une faim de mots »,
mène une vie terne dans un univers tout aussi sombre et vide,
sans avenir, sans espoir : « ...pas un être vivant,
pas une fourmi, une odeur de néant, les murs de planches
sèches et grises, les monticules de gravier et de sable,
gris, l’énorme ossature en béton armé,
sans couleurs, les édifices interdisant tout horizon, un
plafond lourd, gris et bas, touchant le haut des immeubles, chape
de nuages de plomb (...) ». Partout où il va,
Rosalio transporte avec lui sa « boîte à
histoires » remplie de vieux livres usés offerts
par un Indien. Son plus grand rêve est d’arriver à
les lire. Pour cette raison, il recherche de façon incessante
des lieux d’apprentissage. Sa rencontre avec Irène,
une prostituée fatiguée, atteinte du sida, dont la
« vie n’a qu’une porte, qui donne sur le cimetière
», va l’aider à réaliser son rêve.
Irène introduit la couleur dans son existence et brise leur
solitude. Les mots les unissent et donnent de la saveur à
leur vie. Rosalio raconte des histoires à Irène. Irène
lui apprend à lire et à écrire. Les mots, véritables
héros du roman, les arrachent à la morosité
en les introduisant dans un univers coloré et merveilleux.
« Raconte pour que je puisse rêver »
demande Irène à Rosalio. Les mots salvateurs éclipsent
toute tristesse. Ils réconcilient avec la réalité
car ils la reconstruisent de façon plus belle grâce
à l’émotion partagée. Ils sont pour Irène
des cadeaux « que l’homme lui a offerts ».
A la faveur des mots, Rosalio n’est plus une simple force
de travail, Irène est sauvée de sa condition d’objet
sexuel. Tous deux accèdent à l’Esprit, à
la Valeur. Le mot purifie, assure la transcendance et la joie.
Un horizon plein
d’espoir s’ouvre pour ces marginaux, ces exploités,
ces malheureux grâce au pouvoir des mots : « il
a planté dans le terrain vague de son âme un germe
d’espoir, que lui-même a arrosé, qui a pris racine
et qui a poussé ». Les connotations deviennent
positives. La couleur envahit le texte. Chaque chapitre s’ouvre
sur deux couleurs qui teintent la narration. On passe ainsi du «
gris et de l’incarnat » pour arriver au «
gris et (à) toutes les couleurs » et finir avec
« le bleu sans fin », la couleur mariale. Les
références chrétiennes et christiques explicites
(« elle a réalisé un miracle, tout comme
Jésus-Christ, en le délivrant de son aveuglement,
qui est pratiquement vaincu ») ou implicites expliquent
cette confiance en un avenir meilleur.
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Cet
ouvrage, plein de fraîcheur, aux nombreux récits
anecdotiques enchâssés dans la narration, qui
mêle la culture populaire brésilienne aux Mille
et une nuits et à Don Quichotte est
une véritable parabole. Il enseigne au lecteur qu’il
ne faut pas rechercher « un faux dieu, l’argent
» : la « beauté est dans les
yeux de celui qui regarde », l’Amour de
l’Autre illumine la vie, les mots sont la Vie : «
Pendant mille nuits elle mena le roi par le bout du
nez, uniquement par la force des mots, échappant
ainsi à une mort certaine ». Il est dommage
de n’avoir accès qu’à la traduction
du Vol de l’ibis rouge :
sans la version originale, le lecteur ne possède
que l’âme orpheline du texte.
Annie
Forest-Abou Mansour
(mai 2008)
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Annie
Forest-Abou Mansour, professeur certifié,
docteur ès lettres, est passionnée de littérature,
de critique littéraire, de cinéma et de théâtre.

http://www.editions-metailie.com/
Maria Valéria
REZENDE est née au Brésil, elle est entrée
en 1965 dans la Congrégation des sœurs augustines et
s'est dès lors consacrée à l'Éducation
populaire, d'abord dans la périphérie de Sao Paulo
et, à partir de 1972, dans le Nordeste. Elle n'a jamais cessé
de lutter contre les injustices et la pauvreté.
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