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La musique, menace et réalité vivante.
« Il
est certain que la musique est dangereuse », a écrit
Paul Nougé, qui voulait mettre en avant le caractère
subversif de « l’art de combiner les sons ».
Dans Silence, une formule différente
de celle du chef de file des surréalistes bruxellois profère
en substance la même idée : « La musique
a toujours le pouvoir de briser l’ordre du monde ».
Les capacités
révolutionnaires de la musique, les autorités de Mongour
semblent les avoir décelées au point d’inciter
la population de cette cité (imaginaire mais semblable en
bien des points à nos états modernes) à voter
l’interdiction totale de toute forme de musique, à
la suite d’un événement sanglant survenu lors
d’un concert. Alors se met en place le système totalitaire
inhérent à ce genre de prohibition : surveillance
étroite des particuliers et des organismes publics (notamment
la radio), réactions clandestines de ceux qui veulent préserver
l’art qu’ils aiment : réunions nocturnes, concerts
secrets, ventes sous le manteau, zone de non-droit où les
sons règnent en maîtres dans une anarchie non exempte
de violence. Comme toujours dans ce cas, les choses durent un certain
temps, jusqu’au jour où une initiative personnelle
tend à faire crever l’abcès. Lynn Lagunitas,
profitant de sa position d’animatrice populaire d’une
émission radiophonique judicieusement intitulée «
À pleine voix », se charge de fissurer puis de faire
tomber le mur du « silence ».
À partir
de là, se noue le « thriller » : dans sa quête
passionnée de la musique, où l’accompagnent
quelques-uns de ses amis, la jeune femme va devoir franchir toutes
sortes d’obstacles, les pièges d’un mystérieux
« Noise », les dangers de la « Barrière
de l’Enfer » et d’un gang de filles percussionnistes
particulièrement meurtrier, les pressions de sa hiérarchie
et des autorités de Mongour... Tous les ingrédients
du récit à suspense sont là, et on s’y
laisse prendre avec plaisir.
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Mais
si roman il y a, la visée didactique de ces 500 pages
n’échappe pas au lecteur : le vrai sujet du livre,
c’est la musique, sous toutes ses formes, avec tous ses
enjeux. On peut y apprendre les rudiments du solfège,
l’origine du nom des notes (le très bel hymne latin
à Saint Jean-Baptiste), les principes des différents
styles musicaux, de la monodie à la polyphonie, du grégorien
aux rythmes modernes, bien d’autres choses encore... Et
la « citadelle des sons », que l’on explore
en même temps que Lynn lors de son expédition mouvementée
à travers la terrible « Barrière de l’Enfer
», permet la découverte d’une panoplie quasiment
exhaustive des instruments et des registres (le lecteur avide
d’action trouvera cette instructive parenthèse
un peu longue, sans doute). On observe avec intérêts
les grands débats que soulève un langage qui pour
les uns repose sur les combinaisons mathématiques et
sur la technique, pour d’autres sur la sensibilité
et l’expression de l’ineffable, un art qui pour
les uns met en jeu les « corps sonores », pour d’autres
les élans de l’âme... |
L’auteur,
productrice d’émissions musicales sur France Culture,
connaît la musique, et sait aussi que le silence en fait partie.
Dans ce roman au titre qui résonne à la fois comme
une menace et comme une réalité vivante, elle fait
vibrer la passion qu’elle éprouve visiblement pour
toutes les musiques, et nous la fait partager sans restrictions.
Conseillons ce livre à tous ceux qui ne se contentent pas
des insipides ritournelles télévisuelles.
Jean-Pierre
Longre
(mars 2003)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

du même
auteur
La Traversée du Potomac - Panama,
2007
Le
Seuil
http://www.seuil.com
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/decibels/presentation.php
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