Miette sous la couette, de F. Séguy et Y. Fastier, L’atelier du poisson soluble.
Miette était partie pour explorer le fond de son lit… le pays des cauchemars, que l’on repousse à grands coups de balai, mais voilà, sans les monstres, seul au monde, est-ce que c’est vraiment bien, hein, la vie, tout seul, personne, pas un ami, c’est la vie ? Heureusement, sous le lit il y a aussi le pays des rêves, qui n’appartient à personne, ou à tout le monde, à tous les amis du monde. Un album du partage, à partager entre amis, sous le lit.

 

Chroniques d’une Vieille Taupe - 2e épisode

 

Je sais. Vous devez vous dire, enfin, votre petit doigt doit vous dire, mais qu’est-ce qu’elle fiche, Monique, elle en fiche pas une ! C’est pourtant l’avenir des taupes qui est en jeu ! Nan mais. Eh beh votre doigt, vous vous le mettez jusqu’au coude, pasque Monique, tout ce temps, devinez ce qu’elle a fait, et c’est pas rien : elle a fait la taupe, la vieille taupe. Ben oui.

J’ai réfléchi à mon premier voyage dans la maison des livres, et puis à… la chose, là, sur la tête de l’autre… et en y pensant fort, très fort, j’ai pensé que peut-être bien qu’une même chose me tomberait dessus si je restais chez moi, si j’attendais bien sagement, vas-y Monique, ferme les yeux, serre les fesses et attends-la là. Et puis, rien. Pas même une motte de terre à me mettre sur la tête. Alors pas plus tard qu’hier, j’ai annoncé à Bernard, vous vous souvenez, Bernard la taupe de mon cœur :
- J’y retourne !
- Att…
J’étais déjà partie.

Tout là-haut, dans la maison des livres, y’avait toujours autant de gros tas, et j’me suis demandé comment ils faisaient pour choisir leur feuille de salade à manger par les yeux, les humains. Moi, c’était simple, je me limitais à tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un animal. C’est là que je l’ai vue, rhô, vous me demandez encore qui ? Mais la bête, avec un truc sur la tête ! Nan mais oh !


Elle s’appelait Miette et apparemment elle se baladait sous la couette.
« Monique, t’as tout bon, une bête qui s’promène sous kékchose ça peut être que de la taupe »
J’ai ouvert le livre, ben oui, une fois, ça peut pas faire trop mal aux mirettes. Eh bê y’a pas à tartiner, je crois bien que j’me suis perdue, comme l’autre pingouin, pasque c’était un pingouin dans le noir, là-dessous, un pingouin qui rencontre des monstres mais il a pas peur, puis des poissons volants, puis d’autres pingouins et puis un kangourou aussi, mais pas de taupe. Bon, ils se prennent des espèces de choses sur la tête, ça leur fait des bosses, mais c’est pas ça.

Alors j’en ai pris un autre, dans les mêmes tons, rose. Pasque les histoires de taupes ne peuvent être que roses, même si elles en ont pas l’odeur. Oh là là, le peuple dans Krochnouk Karapatak !
« Monique dans ce grouillis grouilla si tu trouves pas ton bonheur, t’as plus qu’à changer de lunettes ! »
Des tortues, des lapins, des nounours, des oiseaux, crapauds, écureuils et otaries, coccinelles, chat, ours requins pieuvre papillon hibou chauve-souris crabe et… zut alors ! Encore raté !

Un peu déprimée, oui ça existe aussi, la dépression chez les taupes, j’ai avisé un petit livre avec un ours qu’avait l’air de chercher un truc, comme moi. Peau d’ours, ça s’appelait. C’est un ours qui marche qui marche qui marche et qu’est tellement fatigué qu’il se réfugie chez des dames. Il leur raconte qu’il chasse le cyclope. Pfff ! Les cyclopes, c’est naze, ça n’a qu’un œil, alors que nous… Passons. Ben vous devinerez pas comment qu’il termine, l’ours en question : dans le ventre du gros naze unibigle.


« Monique, et si toi, tu terminais dans le ventre de… ? »
« Du calme Monique, les taupes ne mangent pas les taupes, tu serais pas un peu sotte, des fois ?»

Sur une table, justement, y’en avait une, d’idiote. La chèvre sotte sautillait, crotti crottant, dégoûtante, la mèche au vent, la mâchoire se décrochant, les dents se baladant n’importe comment… Comme ça , moi? Jamais.

Ni une ni deux, j’ai fait la preuve par quatre que Monique, elle en avait dans le ciboulot, elle en a, j’en ai, là-haut ça roule véli-vélo, et du coup j’ai pris la route et commencé le tour du monde avec un certain Mouk, des fois que… la taupe qui me tracasse avait p’têt chopé sa chose à l’autre bout de la Terre. Chou blanc !

Pas plus avancée, j’ai ouvert, malgré l’indication « Surtout n’ouvre pas ! » un dernier livre, on ne sait jamais, c’était p’têt une ruse, ma sœur on la retenait prisonnière entre deux feuilles, dans une cabane, au milieu des bois, on lui avait mis un assaisonnement sur la tête comme une sauce, on allait lui dire un truc dans le genre c’est pour mieux te manger ma petite ou bien :
- Si tu ouvres, si tu sors, il te croquera tout cru !

Et soudain, je sais pas pourquoi, j’ai eu la trouille de ma vie, là, dans la maison des livres. Ils me regardaient tous, d’un air, mais d’un air…

« Monique, si tu tiens à ta peau, rentre chez toi, et surtout, ne sors pas, n’ouvre pas ! »
- Bernaaaaaaaaaaaard !

Monique
(février 2008)

 

 

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Chroniques d'une vieille taupe
Premier épisode

 

 

Krochnouk Karapatak, de J. Martinière, Le Textuaire.
C’est sans paroles, et ça s’en passe aisément. Tout comme Miette, deux enfants voyagent, transportés par leur imagination. Une imagination débridée que l’on doit à un jeune illustrateur talentueux, amoureux des bêtes visiblement, et d’Alice, et allez, de l’enfance en règle générale. Un voyage en un temps élastique – celui de la lecture de l’album – au pays merveilleux de la marmaille où tout est possible, à commencer par les couleurs et les jeux, voilà ce qu’il nous propose : du plaisir à gogo. A chacun de se raconter dans le silence sa petite histoire, en regard de ses envies, de sa vie. Vite, carapatakons-nous !

Lire aussi la critique de B. Longre

Peau d’ours de C. Jourdy, Drozophile.
Là aussi, un conte aux mots ensevelis, sous la neige cette fois-ci. La neige couvre les pages de ce livre en rose, blanc, bleu, noir. Noire, la fin l’est, comme les contes de notre bon vieux temps, pas édulcorés. L’ours qui veut la peau du cyclope et qui s’en vante auprès de ces dames bien occupées à prendre le thé et à se lire des histoires qu’on imagine coquines, terminera mal. Le comble pour une espèce en voie de disparition. Qui veut la peau de l’ours ? Un album petit format pour grands chasseurs philosophes.

La chèvre sotte, de P. Bruno et R. Olmos, OQO éditions.
Des événements dans les villages du fin fond de l’Espagne, il n’en arrive pas tous les jours. Grand-père a perdu sa chèvre. Bien sûr, il envoie le petit Michel à sa recherche. Et Michel demande à Jeannot. Qui lui dit d’aller voir à l’auge. Où il y a la mère Julie, qui lui dit d’aller voir à l’école, où il y a le maître, qui lui dit, etc. Chaque personnage donne un petit quelque chose à Michel, qui devra redoubler d’intelligence face à l’imbécile, juchée sur le toit. Un conte traditionnel raconté de manière plutôt classique, mais servi par des illustrations rigolotes mêlant peinture et collage. Quelques portraits rappellent les Ménines de Vélasquez, un vent dégénéré souffle et fait onduler les traits. On sent le vécu dans les coins perdus et on se demande finalement si, aujourd’hui, boire du lait de chèvre n’est pas devenu une histoire de vieux, une habitude de sots, dans un monde de fous, où les chèvres se prennent pour des girouettes sur les toits.

Le tour du monde de Mouk à vélo et en gommettes ! de M. Boutavant, Albin Michel jeunesse.
Ah ! Mouk est de retour, enfin ! On l’avait connu chez Mila, où le pauvre s’ennuyait un peu, juste assez pour qu’on l’aime beaucoup, déjà. Dans son nouveau livre aux couvertures bombées, Mouk, toujours aussi doudou nous emmène avec lui pour un tour du monde coloré. Chaque pays visité est une invitation au voyage, à la rencontre. Quelques rudiments du langage du routard Mouké, de quoi manger, de quoi se payer du bon temps, de quoi s’instruire un minimum sur la vie sociale, la faune et la flore et les us et coutumes et costumes et non ! c’est trop beau, trop mignon, en plus, il y a des gommettes… Parole de Monique : Mouk, président !

Surtout, ne sors pas, n’ouvre pas ! C. Insun et H. Byungho, Points de suspension.
Pour les petits, une histoire sud-coréenne de petits laissés seuls chez eux. Maman est partie, Lapinou ne doit pas ouvrir, car le loup rôde. Bien entendu, le lecteur le premier sait que les enfants sont très désobéissants… et très hargneux (mais chut, en jeunesse, il ne faut jamais dire trop fort que les enfants sont cruels, c’est pas bien). Car si le gentil Lapinou ouvre, c’est pour faire la fête au loup, ni plus ni moins. Le tout doux ira jusque chez lui pour refaire le portrait du grand méchant… et tombera sur son semblable, Loupinou. A deux, c’est mieux pour casser la gueule au tigre (mais chut, les gros mots, c’est pareil, on n’en dit jamais en jeunesse). De fil en aiguille, les petits des grands méchants se réunissent, même le fils du chasseur les rejoint, plus on est de fous, plus on rit. Et Monique, vous savez ce qu’elle en pense ? Plus on est petit, plus on en veut. Et c’est le moment de croquer le monde, et de dire crotte à « ne fais pas ci ne fais pas ça », et aux parents. Euh… Tention, hein, ceci est un album jeunesse très correct.
Une histoire. Une fiction trognon. Pfff. Puis zut !