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cave aux oiseaux de J. Hoestland et B. Gibert
Syros.
Quand
on est grand, il est difficile de comprendre pourquoi des
avions lâchent des bombes pour détruire une ville
et peut-être tuer des innocents ; alors, la guerre,
quand on est petit… Monsieur Eluard, le poète
qui se retrouve dans la cave avec les autres habitants de
l’immeuble, ne sait pas l’expliquer non plus.
Lui, il sait raconter des histoires. Pour faire passer le
temps, l’attente et la peur, il en commence une. Mais
le mot fin, il ne l’aura pas… on a beau être
poète, la liberté, d’expression, de vie,
est entre les mains et dans la bouche des autres. Les enfants,
ou tout un chacun finalement, pas spécialement écrivain.
Juste humain. C’est une belle histoire que celle-ci,
qui donne à réfléchir. Encore faut-il
ne pas passer à côté. Quant aux illustrations,
montages astucieux de dessins, collages et photos, ils font
flotter un air de liberté dans ce monde de destruction.
Les humains sont des oiseaux (enterrés dans la cave
pendant une bonne partie du livre), des oiseaux sans ailes,
tiens… Reste que le livre est froid, dans son texte
comme dans ses images. Un beau livre froid, qui parlera aux
très grands, les émouvra s’ils réussissent
à entrer dedans.
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Chroniques
d’une Vieille Taupe - 3e épisode
J’suis
là, youhou !
Bon.
Mais quand même.
J’ai
eu un moment d’absence, je sais. De désespoir.
D’abandon aussi. Des trucs de vieille taupe. Je me
posais des tas de questions, sur les bêtes, la vie
sous Terre et l’aveuglement. Ben oui, je broyais du
noir. Et quand je vois noir, c’est noir. La guerre,
la mort de grand-papounet, la séparation, la peur
au ventre lors de l’invasion des topinambours, tout
ça a refait surface là-dessous, si je puis
m’exprimer ainsi, et d’un coup.
Et puis
hier, Bernard a dit le truc qu’il fallait pour que
je remue :
- Monique, arrête de tirer une tête de cinq
kilomètres, ou va t’enterrer ailleurs où
j’y suis pas.
Bref.
Il était temps de réagir. Je lui ai fichu
un bon coup de patte dans le museau, et je suis montée.
Tu devineras jamais sur quel livre je suis tombée,
direct ! La cave aux oiseaux. Une histoire où
justement, de sales bombes obligent les p’tits piou-piou
à se terrer dans le noir en attendant que ça
passe. J’ai eu la glotte qu’a joué des
castagnotte-gnettes et les quenottes qu’ont eu la
tremblette-blotte. C’était tout comme moi,
ça, vindiou ! Heureusement, à la fin, dans
cette histoire pas rigolote, il est question de liberté.
Ouf ! Sauvée, Monique.
Sauf
qu’après ça, il me fallait au moins
deux tonnes de rire pour me remonter le moral. J’ai
fouillé comme une malade dans les piles, et j’ai
déniché un petit livre bourré de bourriques,
enfin, de mules. Il paraît qu’avant d’être
têtues comme des mules, les mules, elles étaient
vachement serviables. Ouais ben moi, je dis : faudrait voir,
hein ! En même temps, on dit aveugle comme une taupe,
et moi qui le suis, taupe, je peux vous assurer que je distingue
bien les contours de la réalité ! Nan mais
! A part ce détail non négligeable, je me
suis bien amusée. Vas-y Monique !
J’ai
continué sur ma lancée au Zoo des animaux
rigolos. Rigolo, rigolo, c’est vite dit. Se moquer
des animaux, même s’ils ont de drôles
de noms, saïmiri, coati, maki, pangolin, et de drôles
de têtes, c’est rigolo ? Pas du tout ! Rrrha
! Voilà, je me suis énervée. Je l’aurais
mangé ce livre, de rage. Les feuilles, va, mais l’encre,
j’aime pas trop. Tout doux Monique, pense à
ta sœur, la taupe, qu’est dans le caca jusqu’au
cou.

Il me
fallait un bel album pour m’apaiser, un grand format
mimi. C’est là que je me suis arrêtée
sur un caniche tout mimi avec un nœud-nœud rose
autour du cou, juste sous le cerveau. Quoi ! Encore un qui
cherche des poux aux bêtes ! Rabaisser un toutou comme
ça c’est pas possible… Je me suis jetée
sur le grand format et, parole, il s’en est fallu
peu pour que je le réduise en miettes, c’te
grand bestiaire. Tu sais comment il l’appelle, le
gentil caniche sur son coussin rose ? Chien-chien-à-sa-mémère,
qui ramène la baballe et donne la papatte. Des nèfles
! L’auteur, il est gaga ! J’ai refermé
le livre et rebroussé chemin. Je préfère
encore mon vieux bougon de Bernard.
J’allais
crier ciao la compagnie Monique vous l’avez vue vous
la verrez plus, plus jamais, quand soudain je me suis écrasée.
Je faisais face à un tigre, et si je bougeais, il
allait me sauter dessus et me dévorer. Certain. Ben
oui. Je suis appétissante, moi, la vieille taupe
Monique, c’est comme ça. Demande à Bernard.
Puis j’ai lu. Pourquoi le tigre ne grimpe pas aux
arbres. Parce que les taupes ne grimpent pas aux arbres,
peut-être ? A coup sûr. Il était tapi
là. Immobile. Pas mal, faut dire. C’est pas
que Bernard soit pas beau, hein. Mais ce tigre… Quand
même, je voulais savoir. Le problème, c’est
qu’au premier mouvement… croc ! Combien de temps
on est resté sans bouger un poil de museau ? J’sais
pas moi. Comment je m’en suis sortie ? Ben, grâce
à mon intelligence, quelle question !
Au bout
d’un moment, j’ai analysé la situation.
J’ai pensé : t’inquiète Monique,
c’est qu’un livre. Un conte. Comme les autres
qui se moquaient. Des fables. Rien que des mensonges. Ah
les petits malins ! Ils ont failli m’avoir ! Mais
Monique, elle est plus forte que tous. Z’entendez
? Allez ! Salut la compagnie ! Monique, vous la voyez ?
Nan ! Et maintenant, vous la voyez, là ? Eh ben elle
reviendra vous embêter, après les vacances,
voilà !
Monique
(juin 2008)


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Têtu
comme une mule, de M. Boilève et M. Le Huche,
Hachette Jeunesse.
Gentilles,
prévenantes, secourables, bricoleuses, habiles, astucieuses,
aimables, serviables, gentilles, les mules, gentilles, là,
et même un peu… cruches ? En tout cas, débordées,
et finalement au bord de la crise de nerfs ! Grève
générale (ça vous parle?). C’est
drôle, très drôle, truffé de petits
détails tant dans le texte que dans l’illustration
(savoureuse Magali Le Huche qui en si peu de traits rend toute
une gamme d’expressions du visage, enfin, des têtes,
et pas seulement de mules…). Des expressions d’animaux,
d’ailleurs, qu’on retrouve avec plaisir dans la
collection «Tous au bestiaire !» des deux complices
; c’est très réussi. Allez, tous au bestiaire
! |
| Au
zoo des animaux rigolos, de B. Villiot et C. Labaronne,
Gautier-Languereau.
Dans
un registre différent, les animaux de ce zoo se déclinent
comme des fables qui sonnent juste. Parfois la rime est un
peu poussée, mais les textes valent plus que le détour.
Ils méritent d’être lus à haute
voix, entre le plat et le dessert, par exemple. Ils mettent
face à face deux animaux dans une situation anecdotique.
Qui des deux aura le dernier mot ?
La « Conversation éphémère »
aura raison des lecteurs les plus difficiles. S’inquiétant
de la santé d’un caméléon au teint
tantôt verdâtre, tantôt jaunâtre,
une naïve libellule conseille : «Tirez la langue,
pour voir». La ligne suivante clôt l’histoire,
tout est dit en peu de mots. La fin n’égalant
que la faim. De grandes images très colorées
sur un fond blanc, où les animaux sont pris sur le
vif, comme en flagrant délit, illustrent ces fables
amusantes. Le tout se termine par un planisphère accompagné
d’un texte expliquant les origines des toucan, serpentaire,
maki et autre ouaouaron. Il fallait y penser. |
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Le
grand bestiaire des animaux, de F. Kessler et O. Charpentier,
Autrement.
Voici
un très très bel album pour les adultes amoureux
des animaux. Sur les pages de droite, de magnifiques peintures
présentent nos amies les bêtes sur un joli papier
beige. Sur les pages de gauche, des textes les définissent,
écrits en gros caractères blancs sur fond de
couleur pastel. Les auteurs semblent s’être fait
plaisir, tant mieux pour les grands, ah ! l’humour,
le cynisme, on aime, y’a pas à dire ; Monique
la première. Et les petits n’enfants ? ça
reste à prouver… |
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Pourquoi
le tigre ne grimpe pas aux arbres, C. Zarcate et H.
Zhihong.
Comment petit singe sauva son cœur
? de B. Chèze et F. Guiraud.
Le loup et la colombe, de N.
Aceval et M. Galvin.
Collection les contes du tapis, Seuil jeunesse.
Puisque
chez Autrement on s’occupe des grands enfants, cette
collection de contes de pourquoi vient à point pour
les petits. Le grand format et la matière tout-carton
sont les deux premiers atouts de ces livres, faciles à
manipuler. Et ils doivent l’être, car le but du
jeu est de montrer les illustrations (il n’y a pas de
texte, donc ?) aux enfants, et de raconter l’histoire
qui figure sur la dernière page (ah !), sur un rabat
à replier vers nous. Un rabat assez grand pour cacher
le lecteur. Place au livre ! La voix est là, derrière,
ou dans les images. Aussi, faut-il vraiment raconter ? Ou
plutôt, laisser la liberté aux enfants d’imaginer
? Les illustrations se prêtent au jeu. Elles sont suffisamment
évocatrices et empreintes de caractère pour
délier les langues. A chaque titre son illustrateur
– et son conteur aussi, mais il a un rôle moins
important – et son univers particulier, correspondant
à l’origine du conte. Monique a testé
l’histoire du tigre avec Bernard, et ils se sont réconciliés
; allez-y les yeux fermés.
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