Tête à claques
Texte original et mise en scène de Jean Lamber
t
(éditions E. Lansman)
Les Ateliers de la Colline (en coproduction avec le Théâtre de la Place, Liège)

 

 


dates de la tournée
http://www.actc.be/atelier_de_la_colline/AG_tac.php

 


« Quelle claque ! »

Si vous êtes de ceux que le théâtre laisse généralement de marbre, de ceux qui demeurent fâcheusement insensibles à cet art. Si, pour vous, les pièces restent lettre morte à la lecture et que, lors de leur représentation, la dimension même du jeu annihile toute prétention à l’émotion. Si vous êtes de ceux-là, quelle claque vous recevrez ici ! Car vous serez happé, retourné, bouleversé, littéralement soufflé.

Tête à claques ! – qui a obtenu le « Prix de la Ministre de la Culture » et le « Coup de foudre de la presse » aux rencontres jeunes public de Huy en août 2007 – est un spectacle dit « pour enfants ». Voilà une étiquette bien mal posée. Certes, de prime abord, l’on pourrait facilement y adhérer : le décor et les accessoires (splendides !), version pâte à mâcher, sortent tout droit d’un imaginaire aux mille couleurs ; les acteurs (fabuleux !) incarnent joyeusement Stef et Mika, des garnements de frères ; la trame ressemble à une histoire à lire aux petiots avant que le Marchand de Sable ne vienne les ravir. Mais ce serait injustement limiter la portée de cette pièce, qui renoue magistralement avec le terreau originel des contes : le réel, le tragique, le merveilleux féroce.

Sur les planches, deux funambules des sentiments, étonnants d’agilité et de vérité, se retrouvent dans un contexte des plus étranges et retracent, en mots et en gestes, certains évènements passés. Ainsi apprend-on que ce duo gémellaire, né dans une famille modeste et besogneuse, vivait à l’intérieur d’une petite fermette, au ban de la société. Les quolibets et les railleries des villageois, une poisse caractérisée et la cruauté gratuite des bonnes gens nourrissaient leur quotidien. Pour leur douzième anniversaire, les jumeaux, perpétuels boucs émissaires, se sont vus organiser une jolie fête par leur maman Gina. Malheureusement, celle-ci n’a jamais pu être célébrée à cause d’inquiétants et mystérieux incendies se déclarant un peu partout dans les environs…


Entre farce et drame, cette création des Ateliers de la Colline symbolise parfaitement la dynamique qui anime la troupe depuis ses débuts En effet, en 1975, dans l’ancien bassin métallurgique liégeois, des comédiens, des plasticiens, des graphistes, des metteurs en scène et autres artistes se sont réunis autour d’une singulière initiative, à savoir « faire exister sur scène une réalité souvent tue ou ignorée : celle des enfants des quartiers populaires des villes industrielles ». La cuve ardente est donc devenue le lieu d’une activité bouillonnante, non plus issue de ses hauts-fourneaux, mais bien de l’esprit d’intrépides allumés, èfants comme «professionnels », dont Tête à claques ! est une décapante émanation.

Alors, n’hésitez pas à faire valdinguer vos (éventuels) préjugés et immergez-vous dans cet univers poignant et ébouriffant dont on ne peut ressortir que les joues et les yeux en feu.

Samia Hammami
(juin 2008)

Samia Hammami, licenciée et agrégée en langues et littératures romanes, a rédigé un mémoire sur « La figure de la prostituée dans l’œuvre romanesque d’André Baillon ». Détentrice d’un Master en FLES, elle est actuellement professeur de français langue étrangère à l’Université de Liège.