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Mutilation des Hermès
Curieux couple
que ce Troïlus and Cressida, parodie
de Pâris et d’Hélène avec inversion des
camps et miniaturisation des légendes, critique acerbe et
bigarrée d’un monde sombre où, pour un fou génial,
on croise par dizaines des guerriers bornés et brutaux, gravitant
bestialement autour des quelques femmes en présence, toutes
fausses, toutes superficielles. Au cœur d’une guerre
de Troie qui n’avance plus, les soldats s’amusent entre
eux, maudissent Hélène la traînée, méprisent
Cassandre et ses noires prophéties, et préfèrent
Thersite la folle aux insultes pimentées... Diabolique lecteur
d’Homère, Shakespeare moque un par un les grands héros
de nos Budés, avec une truculence irrespectueuse au possible,
flattant les hellénistes du fond de la classe (à côté
du radiateur, de Scarron et de Georges Fourest) en stigmatisant
les travers des exempla : Achille est une tapette paresseuse, Ajax
une brute stupide, Ulysse un intello pervers...
Le grand metteur
en scène anglais Declan Donnellan n’a plus alors qu’à
se faire plaisir : il en rajoute, dans le comique surtout, dans
une sorte d’apologie de l’homosexualité masculine,
dépassement amoureux et ludique par-delà notre humaine
médiocrité – notamment avec la scène
du bal des soldats, où Troyens et Grecs dansent la valse
tous ensemble, avec timidité et émotion, dans une
sorte de trève d’autant plus extravagante que la guerre
qu’ils mènent est absurde. Toutefois, guère
à son avantage dans l’immense Halle Tony Garnier de
Lyon, le tout s’avère assez décevant (surtout
si l’on a eu la chance de voir le précédant
spectacle de Declan Donnellan de notre côté de la Manche,
une extraordinaire Andromaque aux Bouffes du Nord). Ici,
pour ce jeu gratuit de profanations de statues, dans une scène
allongée, peu dynamique, où vont et viennent avec
une fluidité certaine des soldats d’Irak, des folles
du désert, et des stars factices des années 1930,
tous dans des costumes hyper-stylés d’Angie Burns,
Troïlus and Cressida tournent en
rond, la faute sans doute à une trame flottante, à
une fin pour le moins détonante, et à une scénographie
peu surprenante, finalement. Reste encore – mais c’est
infini – le plaisir rare d’entendre Shakespeare dans
le texte, dans l’impeccable diction des irréprochables
comédiens de la compagnie Cheek by jowl.
Nicolas
Cavaillès
(mai 2008)

http://www.cheekbyjowl.com/
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