Tu
seras notable, mon fils
En mer baltique,
Hans Kirch a travaillé très dur pour réussir
à devenir propriétaire de son navire et à s’enrichir
grâce au commerce et à la navigation. C’est tout
naturellement qu’il ambitionne pour son fils unique, Heinz,
de développer l’affaire familiale et de se hisser aux
plus hautes fonctions politiques locales, consécration d’une
ascension sociale sur plusieurs générations. Comme
beaucoup de parents, il envisage l’existence de son fils comme
la continuation de sa propre existence et fonde de grands espoirs
en son rejeton. Tel est le point de départ de ce roman dense
et poignant, un classique de la littérature allemande du
XIXème siècle qui paraît dans une nouvelle traduction
française.
Bien sûr,
Heinz ne ressemblera nullement au fils idéal imaginé
par son père. Tempérament fougueux, il rêvera
d’amour et de liberté, là où son père
pense fortune, réputation et réussite sociale. L’un
comme l’autre s’enfermera dans sa souffrance et sa frustration.
Le fils du marin peut se lire comme une
remise en cause des valeurs morales bourgeoises, régissant
les relations entre les sexes (Heinz ose partir en excursion en
bateau avec une fille à la nuit tombée !), vouant
un culte à l’argent et aux honneurs publics, au mépris
de l’humain, et en particulier des sentiments, jusqu’au
reniement de l’autre, et par conséquent, de soi. Comme
l’indique la ressemblance de leurs prénoms, Hans et
Heinz, bien que singuliers, sont du même sang et ne peuvent
nier leur commune appartenance à une lignée. Qu’ils
le veuillent ou non, le destin de l’un n’ira pas sans
affecter le destin de l’autre, qu’ils parviennent ou
non à composer avec leur divergences de vue et de caractère.
La narration
très serrée, d’une habileté qui frôle
le virtuose, sait ménager ses effets sans en faire trop,
et adopte tour à tour le point de vue de chacun des personnages
sans jamais privilégier l’un ni l’autre. Par
l’intensité de l’action et des émotions,
on reconnaît la facture des meilleurs romans de l’époque,
ceux qu’on ne lâche plus dès qu’on les
a commencés (Le fils du marin peut évoquer
les romans de Victor Hugo ou d’Emile Zola au lecteur français).
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Aujourd’hui,
la pesanteur morale du XIXème siècle pourrait
paraître datée, et pourtant, peut-être
plus que jamais, les attentes parentales pèsent parfois
lourd sur les épaules de nos jeunes gens, dont les
aspirations et habilités sont parfois tout autres.
Savoir se montrer à la hauteur des attentes, et apprendre
à composer entre ce qu’il est et ce que l’on
espère de lui, n’est-ce pas une nécessité
à laquelle chacun se trouve un jour confronté
? Comme tout grand roman, Le fils du marin,
à travers des trajectoires individuelles, pose à
son lecteur des questions universelles. Il pourra toucher
les adolescents, même s’il ne leur est pas spécifiquement
destiné à l’origine.
Myriam
Gallot
(juin 2008) |
Myriam
Gallot, passionnée de littérature
et de cinéma documentaire de création, exerce actuellement
le métier de professeur de Lettres en lycée, mais
aspire à vivre de l'écriture.
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