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L’orgueil
des Roca
Ce que l’on
connaît de l’œuvre de Virgil Gheorghiu, c’est
en général La vingt-cinquième heure,
et rien de plus. Sa production est pourtant beaucoup plus abondante
que ce qu’il n’y paraît, et il ne faudrait pas
oublier, par exemple, L’homme qui voyagea seul
ou Les immortels d’Agapia qui, quelque
jugement que l’on porte sur certaines positions équivoques
de l’homme Gheorghiu, sont à considérer comme
des ouvrages majeurs, avec, bien sûr, celui dont il est question
ici.
Les
noirs chevaux des Carpates est paru en 1961 sous le
titre La Maison de Petrodava. Cette réédition,
assortie d’un changement de titre adapté à la
collection (« Cheval Chevaux »), est évidemment
une preuve de plus que Gheorghiu mérite réhabilitation.
Pas uniquement pour les sujets qu’il aborde, pas tellement
pour les racines personnelles et collectives qu’il extirpe
d’un oubli plus ou moins justifié, mais surtout pour
la manière dont il sait transformer une chronique en roman,
un roman en épopée.
Sur les hauteurs
sauvages des Carpates moldaves, « dans cette citadelle
naturelle des montagnes », se trouve le fief de la famille
Roca, Petrodava (ancien nom de la ville de Piatra Neamtz), dont
la gloire familiale est portée par des femmes minces et hautaines,
les pieds sur terre, la tête au ciel. Le récit débute
avec Domnitza Roxana qui, après maintes hésitations,
accepte d’épouser un « homme de la plaine
», dont les faiblesses provoqueront la perte. Il se poursuit
avec Domnitza Stela, née en même temps que le XXe siècle,
digne fille de sa mère, dont le premier haut fait, qui lui
vaudra renommée internationale, est de sauver son premier
mari, un joli et fragile prince russe, des griffes des « bandits
» bolcheviks… Exil, remariage, Stela n’aura de
cesse que de revenir sur ses terres, là où «
la vie est exactement comme aux temps des Daces. Héroïque,
dure et inchangée ». Là où, aussi,
les chevaux, dévoués jusqu’à la mort
à leurs maîtresses, ont des pouvoirs comme ils ne peuvent
en avoir ailleurs.
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«
Je suis toute gravité. Toute violence. […] Jamais
je ne connais une autre direction que la ligne droite ».
Les femmes de Petrodava sont l’intransigeance même,
le courage sans faille, la force inébranlable, l’orgueil
sans concessions. C’est ce qui les tient en vie, c’est
aussi ce qui les isole, jusqu’à provoquer la
mort ou la folie de ceux qui autour d’elles n’ont
pas cette intransigeance, ce courage, cette force, cet orgueil.
Les hommes (excepté peut-être le domestique Pantelimon
– mais c’est un Haïdouk, et le Père
Thomas – mais c’est un prêtre) n’ont
pas voix au chapitre. Grandes et fières, les dames
Roca sont de ces femmes dont le destin, puisé dans
l’Histoire, est devenu celui d’héroïnes
épiques et fascinantes.
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Jean-Pierre
Longre
(mai 2008 )
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

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thématique : Ecrits franco-roumains
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