Victor Jara, un chant inachevé
Joan Jara

Editions Aden, 2007

 

 


La chanson comme une arme

14 septembre 1973, Victor Jara est enterré. Le peuple chilien pleure son serviteur.
5 octobre 1973, Joan Jara, son épouse, quitte le Chili avec ses deux filles direction Londres.
Chilienne d’adoption, puisque sujette britannique, Joan Jara tient dans ce récit à retracer la vie de son mari pour continuer le combat des peuples opprimés et pour que jamais on ne puisse oublier ce qu’engendre une dictature.
1973, c’est le coup d’Etat d’Augusto Pinochet contre le gouvernement d’Allende fraîchement élu. Meurtres, tortures, mutilations, disparitions se succèdent. Et pourtant tout un peuple tentait de se rebeller avec à sa tête, entre autres, Victor Jara. Celui-ci est chanteur, compositeur, musicien. Depuis qu’il écrit, c'est-à-dire très jeune, ses chants sont engagés contre l’injustice sociale, la pauvreté. Il n’a pas attendu le coup d’Etat pour dire, déclamer au monde entier, quand il le pouvait, la souffrance et la misère dans lequel son peuple était plongé. Lui-même, fils de paysan pauvre, vivant avec une mère qu’il adorait et un père absent et alcoolique, il apprendra ce qu’est la souffrance d’être sans le sou. Homme pacifique, d’une gentillesse rare jusque dans les disputes conjugales ; en revanche, il s’enflammait très vite lorsque devant lui on se présentait résigné : « Tu n’as pas besoin de charité. Tu as le droit de vivre dans un lieu décent, d’avoir un médecin (…) A quoi ça sert de faire un abat jour si tu n’as même pas une maison pour mettre une lampe. » expliquait-il à une pauvre femme.
Alors très vite suivi par les étudiants, les syndicats, les ouvriers, il devint forcément ennemi des putchistes.

Joan Jara livre ici un récit exhaustif, avec force détails, peut être trop d’ailleurs, de ce chanteur et plus encore chantre de la paix et de l’unité populaire. Plus qu’une biographie, ce serait à lire comme un roman du réel. Les amoureux du Chili y trouveront un intérêt certain ou un certain intérêt ; pour les autres, le livre est beaucoup trop long, avec par exemple foultitude de descriptions de la vie familiale qui n’éclairent pas le lecteur sur la personnalité de ce grand Monsieur. Il aurait fallu recentré le sujet sur Victor, car on a ici un mélange des genres entre roman, récit, biographie, qui ne fonctionne pas bien et ne parvient pas à accrocher le lecteur. Dommage.

Apoline Saybec
(janvier 2008)

Apoline Saybec est historienne de formation. Elle a été rédactrice en chef d’un mensuel économique puis généraliste. Journaliste en presse écrite, elle est passionnée par l’être humain ; elle aime autant l’histoire que l’actualité, la littérature que le cinéma, la sociologie que la psychologie... Tout ce qui permet de comprendre le monde qui l’entoure, de transmettre ce qu’elle apprend ou ce qu’elle a vécu est le terreau de son existence. S’évader, rêver, imaginer au travers des livres… le voyage, dans tous les sens du terme, est son moteur.

 

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