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Passion
Psychiatre,
psychanalyste, créateur, d’entrée de jeu, Wilhelm
Reich fâche par ses facettes innovantes, hors des cadres habituels
de la psychanalyse. Ostracisé par ses contemporains, il est
reconnu en mai 68, puis oublié, le livre que lui consacre
Gérard Guasch le ramène à la lumière.
Si l’on
ajoute que son premier livre paru en 1927 s’intitule La
fonction de l’orgasme et que ses recherches
portent autant sur la sexologie que sur l’énergie,
on imagine que les choses ne sont pas simples dès le départ
pour cet infatigable chercheur autrichien, né en 1897. Mais
l’étude biographique très sensible et très
documentée de Gérard Guasch, psychosomaticien et analyste,
l’un des meilleurs spécialistes de Reich, fasciné
autant par la dimension éclairée du psychanalyste
que par sa fougue de combattant luttant pour comprendre les sources
de la vie et la libérer du carcan social, lui redonne ses
lettres de noblesse. Pour l’anecdote, notons que c’est
en 68, alors qu’étudiant, le biographe soignait et
recousait, dans l’infirmerie de l’école de médecine,
ses camarades tombés aux barricades ou amochés par
les matraques des hommes casqués, qu’il est entré
en Reichie. Il a d’ailleurs fondé dix ans plus tard
l’Institut Wilhem Reich en Normandie avant d’aller vivre
et enseigner au Mexique et de consacrer au «psychanalyste
maudit » plusieurs ouvrages, dont « Wilhelm
Reich, énergie vitale et psychothérapie »
aux éditions Retz. Biographie d’une « passion
» - terme qu’il faudra peut-être décliner
de multiple façon tant la vie de Reich, va ressembler à
ce qu’on appelle un chemin de croix - paraît pour le
50eme anniversaire de sa disparition tragique qui coïncide,
à quelques mois près, avec la commémoration
de Mai 68. A l’époque où Marcuse, Foucault,
Freud, Lacan et Jung devenaient les icônes de l’intelligentsia,
Reich, marginal puissance x et psychanalyste de point, a connu des
années de gloire posthume, avant de retomber dans un oubli
certain, hormis aux yeux des spécialistes.
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Orgasme
et orgone
« Ce qui est fascinant, souligne Gérard
Guasch, c’est que tout jeune étudiant, Reich
fut d’emblée accueilli avec chaleur par Freud
qui protégea ses débuts, et auquel il restera
uni longtemps par une estime d’étudiant à
maître. Très en avance sur son temps, ses travaux
l’ont fait remarquer dès sa 22eme année,
avant qu’il n’approfondisse et ne fasse connaître
ses recherches sur la fonction orgastique, et plus particulièrement
sur la misère sexuelle et l’impuissance orgastique.
» Toutes choses que, peut-être, la Société
internationale de Psychanalyse ne lui pardonna pas puisqu’elle
l’exclut dès 1934. Mais il ne borna pas ses
travaux à ce domaine, il proposa une technique psychanalytique
avec une modification importante par rapport à celle
du grand homme qui l’avait accueilli : l’analyse
du caractère.
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Ce qui n’alla
pas sans heurt, mais Reich persista. « Il développe
alors l’analyse des résistances du patient qui, par
sa position, ses retards, sa cuirasse, s’oppose au progrès,
à l’ouverture, verrouille la détente, en un
mot se défend du mieux être, en se revêtant d’
une armure impalpable qui le rigidifie et empêche, au propre
comme au figuré, toutes formes de jouissance. »
Sans doute sa vie auprès de Lia, jeune fille blindée
alimenta-t-elle sa connaissance des attitudes de défense.
Avec Annie, sa femme qui, la première, s’intéressera
à l’éducation sexuelle des jeunes enfants, il
connaîtra passion, heurts et bonheur familial. Ils auront
deux filles, dont Eva qui, bien plus tard, reprendra le flambeau.
Avec l’émergence du nazisme, Reich est contraint de
choisir l’exil : il est juif, anciennement communiste et psychanalyste.
Pourquoi pas les grands espaces, le Nouveau Monde, la Pennsylvanie
? Hélas, là encore ses travaux, et sur l’analyse
du caractère, et sur l’énergie, et sur la sexologie,
enfin sa maîtrise de la machine à orgone, qui renouvelle
l’énergie, sa créativité attirent la
méfiance et le blâme. En pleine chasse aux sorcières,
sous la férule de Mac Arthur et John Hoover, tout puissant
au FBI, il est emprisonné, accusé de louer son accumulateur
d’orgones à des malades du cancer et jeté en
prison où il mourra en 1957 (Il avait été écroué
une fois déjà en tant qu’ennemi, au soir de
la déclaration de guerre des Etats-Unis à l’Allemagne).
Et pourtant. « Cette idée que des facteurs émotionnels
participent à l’éclosion de maladies, écrit
Gérard Guasch, est au centre même de l’approche
psychosomatique. Elle a gagné beaucoup d’audience aujourd’hui,
mais n’est pas du tout admise dans les milieux officiels de
l’époque. Reich va plus loin. Il présente le
cancer, non comme une atteinte localisée, mais comme la résultante
d’une souffrance énergétique générale
de l’organisme : une biopathie (…) le renoncement à
l’espoir, la résignation psychique et une carence bioénergetique
qui précèdent parfois de plusieurs années l’apparition
de la tumeur maligne. Vision multifonctionnelle, holistique …
»
Reich était seulement en avance de trois décennies.
Jocelyne Sauvard
(juin 2008)
Jocelyne
Sauvard est écrivain (romans, théâtre)
et journaliste. Elle anime aussi une émission littéraire
sur Idfm98, "Parlez-moi la vie". http://www.jocelynesauvard.fr
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