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Brèves théâtrales Brèves jeunesse

 

L'éditeur

Vilains moutons de Katja Lange-Müller, traduit de l’allemand par Barbara Fontaine, éditions Laurence Teper, 2008

Succès éditorial en Allemagne (35 000 exemplaires vendus), Vilains moutons est le récit à la première personne d’une histoire d’amour vécue par une Berlinoise de l’Est, Soja, passée à l’Ouest dans les années 80. Sous la forme d’une lettre écrite à l’être aimé, Harry, un junkie qu’elle a rencontré alors qu’il sortait de prison, elle revient sur leur relation, de ses débuts improbables à sa fin prévisible, dans une stricte chronologie narrative. Elle s’appuie sur ses propres souvenirs et un cahier que remplissait Harry, dont elle ignorait l’existence du temps de leur relation, et duquel Soja est totalement absente : désir de la protéger ou indifférence ? Les doutes subsistent, et le mystère de cet homme ne sera pas levé. Roman de la complexité amoureuse, Vilains moutons est un monologue parfois bavard parfois intrigant, qui souffre d’une écriture sèche et inexpressive. Oscillant entre réinterprétation du passé et chant d’amour, sans parvenir à être tout à fait convaincant ni réellement émouvant, ce récit se révèle finalement plutôt fade, et souffre mal la comparaison avec l’excellent Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver, lui aussi roman épistolaire monodique de fin d’amour.
M. Gallot (juillet 2008)

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du même auteur

Mortelle Résidence de Romain Slocombe, Éditions du Masque, 2008

« Ah, quel drame ! Quel lieu, Lyon… Quelle énergie…Ça m’inspire ! ». Cette réflexion de l’un des personnages résume en quelque sorte la teneur et l’esprit de ce livre foisonnant, qui entrecroise en Rhône et Saône les récits semi-historiques et semi-fictionnels, toujours sanguinaires et terriblement humains. De la Terreur (et même en deçà) à nos jours en passant par l’occupation nazie, du Chili à la France en passant par les camps d’extermination, des pires bains de sang au « performances » du pseudo art contemporain, Mortelle Résidence laisse à peine le temps de souffler. A flux tendu, certains hauts lieux lyonnais du passé et du présent, réels ou à peine déguisés (telle cette « Délivrance » dans laquelle les autochtones reconnaîtront les « Subsistances ») sont le théâtre d’épisodes qui ne laissent pas indifférents. A lire d’un élan, si possible.
J.-P. Longre (juillet 2008)

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Carmilla de Sofia Terzo, traduit de l’italien par Catherine Siné,Vertige Graphic, 2008

Directement inspiré du roman du même nom de Joseph Sheridan Le Fanu, publié en 1872 (texte qui aurait en partie inspiré son Dracula à Bram Stoker), l’adaptation bédéesque de Sofia Terzo ne manquera pas d’éveiller la curiosité des amateurs de «oupirs» (ou «vampires»), tout en interpellant ceux qui apprécient généralement le travail de Milo Manara - tant le trait de l’auteure s’apparente à celui du précédent. Tous les ingrédients de la littérature vampirique (dévoration, fascination et répulsion mêlées, transgression, immortalité, etc.) sont là, qui seront maintes fois exploités par des écrivains en mal d’inspiration, et le texte de Sheridan Le Fanu, déjà subversif (dans son évocation de désirs lesbiens et dans l’accent mis sur une héroïne puissante, maléfique et déterminée), est ici interprété avec finesse, même si Sofia Terzo amplifie la thématique sexuelle et se concentre avant tout sur la relation que Carmilla la brune entretient avec une douce jeune fille, une oie blanche dont l’inquiétude va grandissant, face à cette « amie » si atypique. Une réalisation soignée qui incitera, on l’espère, à se pencher sur le texte original. B. Longre (juillet 2008)

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L'éditeur



Discours contre Dieu, Sade, préface d'Aymeric Monville, Ed. Aden 2008

Cette compilation d’extraits de l’œuvre sadienne regroupe les textes athées de l’auteur, tirés des romans - en particulier de La Nouvelle Justine - où la « chimère d’un dieu », dont l’existence est impossible à prouver, revient sans cesse, comme l’un des fondamentaux de la pensée de l’auteur : une philosophie rationnelle (l’athéisme étant un «combat pour la rationalité », comme le rappelle le préfacier) et matérialiste (la nature étant « matière en action », Discours de Dolmancé, dans La Philosophie dans le boudoir) que Sade construit avec cohérence au fil de ses écrits argumentés, de réfutations en virulentes démonstrations qui n’ont rien perdu de leur impact, comme en témoigne cette exhortation à la raison : « Faibles et absurdes mortels qu’aveuglent l’erreur et le fanatisme, revenez des dangereuses illusions où vous plongent la superstition tonsurée, réfléchissez au puissant intérêt qu’elle a de vous offrir un Dieu, au crédit puissant que de tels mensonges lui donnent sur vos biens et vos esprits, et vous verrez que de tels fripons ne devaient annoncer qu’une chimère… » (Fantômes). B. Longre (juillet 2008)

Dans la même collection, vient de paraître Jean Meslier, curé et fondateur de l’athéisme révolutionnaire, Introduction au mesliérisme - extraits de son œuvre présentés par Serge Deruette.

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La gueule du loup de Didier Tronchet, Futuropolis 2008

Créateur de la série BD culte Jean-Claude Tergal et pilier de la bande de Fluide Glacial, Didier Tronchet s'autorise souvent des détours dans d'autres genres : un styliste sensible et drôle s'était révélé dans l'excellent essai intitulé Petit traité de Vélosophie (à faire avaler de force à tous les grincheux automobilistes) et plus récemment dans Nous deux moins toi (Flammarion, 2007). Il aborde ici la bande dessinée d'aventure tout en conservant les ingrédients qui ont fait le succès des Jean-Claude Tergal et autres Raymond Calbuth : l'humour noir, d'attachants personnages de débiles profonds et d'adultes régressifs. L'histoire est tortueuse, rebondissante à souhait, penche vers le polar politique et met aux prises un gynécologue un peu paumé avec un réseau mafieux roumain. Une histoire d'amour s'intercale naturellement. Volontiers fleur bleue, parfois franchement naïf, Tronchet livre une bonne bande dessinée à la fois classique (sans folies graphiques) et très personnelle dans son ton.
J.-B. Monat (juillet 2008)

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l'éditeur

Le voyageur sans voyage de Pierre Cendors, Cadex éditions, 2008

Il est question dans ce texte court d'un train qui ne s'arrête jamais, d'un homme immobile et d'un enfant plein de pitié. Il est question des conversations des gens au sujet de ce train, de l'effroi et du rêve qu'il charrie. Difficile d'expliquer l'étrangeté qui parcourt ces lignes : sur les petites pages de la collection « Texte au carré », les mots les plus simples paraissent condenser un monde de significations. Il convient de prêter l'oreille, c'est de la poésie, et de se laisser flotter à la surface des apparences fantastiques du récit. On entendra alors parler de douleur et de souvenir, évoquer une histoire bien réelle, transfigurée. Un très beau texte, dans un format original et avenant.
J.-B. Monat (juillet 2008)

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Culture codes ; comment déchiffrer les rites de la vie quotidienne à travers le monde de Clotaire Rapaille, JC Lattès, 2008

Ce livre qui promet comme beaucoup d’autres de changer votre vie et de vous faire connaître le secret des choses est bien trompeur, tant par son ambition que par son titre : plus que de connaître la culture des peuples, il s’agit de montrer comment les manipuler et vendre aux uns et aux autres en s’adaptant à leur culture et en tablant sur les émotions plus que sur la raison, (seul moyen d’être efficace). Du café aux japonais, une voiture aux américains ou aux allemands… Les méthodes pour dégager les « codes » d’une culture, aussi simplistes soient ils ne manquent cependant pas d’intérêt. A conseiller aux publicitaires internationaux en mal d’inspiration.
A-M. Mercier (juillet 2008)

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Toute une nuit au Pirée de Christian Cogné, L’Age d’Homme, 2008

Une femme étrange veut retrouver « l’homme qui voulait devenir écrivain », et dans ce but engage un détective qui doit aller le rechercher jusqu’en Grèce. Que lui veut-elle ? Elle l’attend, rien de plus. Simultanément, l’écrivain tente de rattraper le temps perdu en déroulant cinq nouvelles réunies par quelques fils conducteurs communs : le mystère, la tonalité fantastique, la Grèce, toujours, à un moment ou à un autre. Par-dessus tout, comme l’ombre de la mort, comme un fatal avertissement, plane le vol d’animaux fabuleux, « oiseau non identifié » ou papillons énigmatiques… Mise en abyme de la création littéraire, Toute une nuit au Pirée est aussi une plongée dans les secrets insondables de la destinée humaine.
J.-P. Longre (juin 2008)

du même auteur JF Semelles au vent (Calmann Levy)

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l'éditeur

Les ruines de la future maison d’Hélène Dassavray, A plus d’un titre, 2008

Le titre le laisse bien entendre : il n’y aura jamais de vraie maison sur ce terrain provençal où poussent les broussailles et la vigne, et où s’est installée une tribu pittoresque et colorée. Jamais de maison, mais un «Campement » (cabane en bois, caravanes, tipi) pour abriter, tant bien que mal, une jeune femme (la narratrice), son compagnon « le Viking », ses enfants et leurs pères (le dit Viking, mais aussi Gainsb et L’Eclaireur qui font partie de la famille), sans compter les amis ou vagues connaissances de passage… Les ruines de la future maison raconte la vie parfois difficile, souvent surprenante, toujours indépendante dans ce coin de campagne, en marge (mais non loin) de la vie paysanne et villageoise. Fidèle jusqu’à un certain point à son parti pris de liberté absolue, la narratrice se retourne par photos interposées sur ce passé proche, n’inventant pas d’artificiels regrets mais ne cachant pas son émotion.
J.-P. Longre (juin 2008)

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Le film inspiré de ce roman sort cet été en salles - reste à savoir s'il sera à la hauteur...

Les Ruines de Scott Smith, traduit de l’anglais par Arnaud Regnauld, M. Laffon, 2007 / Le Livre de Poche, 2008

Six jeunes vacanciers au Mexique, un septième parti sur un site de fouilles archéologiques en pleine jungle, des Indiens peu hospitaliers et une colline couverte d’une végétation luxuriante, parsemée de belles fleurs rouges. Tout est posé pour que démarre un huis clos se déroulant sur quelques jours, fable tragique et morbide, susceptible de générer nombre d’angoisses (mais dont on taira la source…), certes éprouvante pour les nerfs du lecteur, mais terriblement efficace. La mort plane, tandis que les tensions montent entre les personnages, pour certains ambivalents à souhait, que les carapaces se désagrègent, que les liens fragiles qui peuvent s’instaurer entre les êtres se défont peu à peu. On admire l’ironie dramatique dont use habilement l’auteur, qui décline presque cliniquement toute une gamme de réactions et de sentiments exacerbés par la situation (du désespoir à la résignation, de la lâcheté à la vaillance…), mais aborde aussi la question de la responsabilité individuelle, celles de l’ubris (comme dans toute bonne tragédie qui se respecte) et du mal, qui réside en chacun de nous, prompt à se réveiller au moindre stimulus. Et l’on y croit, car malgré le fantastique qui s’installe insidieusement, le réalisme implacable de l’ensemble détermine la lecture. Un suspense de qualité, ingénieusement bâti. B. Longre (juin 2008)

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Maux Croisés de Jean-Paul Gourévitch, Archipoche, 2008

Le commissaire Han Cong Rang, dit HCR, doit élucider une série de meurtres qui touchent étrangement une même famille, dont l’un des membres, Olivier, est en charge de dossiers délicats au ministère de la Santé ; sont concernés aussi quelques caïds de banlieue et les supérieurs hiérarchiques d’Olivier. HCR utilise des méthodes particulières, faisant appel aux autres membres de la famille Sarramagna, notamment au fils et à la sœur d’Olivier, avec leurs compétences et leurs sentiments… Tous les ingrédients d’une intrigue policière palpitante sont réunis, avec, en prime, des grilles de mots croisés que le lecteur est invité à remplir en même temps que les enquêteurs. Roman interactif, en quelque sorte ; roman savant aussi, d’un auteur lui-même savant. Que le lecteur se rassure, les réponses sont données progressivement, comme est donné le fin mot de l’histoire, qui se laisse entrevoir peu à peu au fil des pages.
J.-P. Longre (juin 2008)

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Dans la même collection
Derrière le rideau de pluie
Les Giètes

Et que la nuit glisse sur le bleu de ta jupe de Chantal Portillo et Hally Pancer (photographies), T. Magnier, collection photoroman, 2008

« Une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s’aventure alors dans l’écriture d’un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer » : tel est le point de départ de la jolie collection carrée « photoroman ». Les personnages inventés par Chantal Portillo glissent comme la nuit sur le bleu de la jupe de Bleuet, une jeune prostituée muette installée dans un village, et qui présente la particularité de faire la chose debout. Tous ressemblent plus à des esquisses qu’à de véritables personnages, jusqu’au mystérieux Tim, revenu de ses frasques à la capitale pour se régénérer, et qui réussira enfin, à faire coucher Bleuet. L’auteur a cherché à créer une atmosphère proche de celle du photographe, plus qu’à rebondir sur le potentiel narratif des images, avec lesquelles elle prend une grande liberté. L’intégration des photos dans le récit n’est pas totalement convaincante, et la contrainte se transforme un peu en artifice, laissant une impression d’inachevé à ce petit roman, pourtant pas dénué d’un certain charme. M. Gallot (juin 2008)

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L'éditeur

Les Beatles / Le rouge et le bleu de Jérôme Attal, Le mot et le reste, 2008

Jérôme Attal, jeune auteur, compositeur et chanteur parisien, a découvert les Beatles « d’un bloc, dans la boulimie maladroite de deux albums de compilation » que sa tante lui a offerts l’un après l’autre : Rouge et Bleu. Alors s’est nouée une relation privilégiée entre l’auteur et le groupe d’une génération antérieure, certes, mais dont la musique suscite en lui « un monde à la fois magique et protecteur ».
C’est de cette relation que ce petit livre fait part, dans une suite particulièrement adéquate de textes brefs et divers : souvenirs, récits, poèmes, variations sur des thèmes (la chanson bien sûr, l’amour, l’amitié, la littérature même – Dostoïevski, Tolstoï, Stendhal). Il ne s’agit pas seulement de nostalgie, mais d’une vraie tentative pour comprendre « comment les chansons des Beatles infusent dans l’existence » et pour saisir par les mots les mystères de leur musique.
J.-P. Longre (mai 2008)

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Sikah d’Hilaire Dovonon, D’un noir si bleu - éditeur, 2008

Sikah est une courte fable généreuse et chantante, mûrie sous le soleil d’Afrique et poétiquement mise en mots par le Béninois Hilaire Dovonon.
Elle nous amène « à nous poser la question qui fonde l’esprit même de nos rapports humains » écrit Franck Pavloff dans sa préface. Appel à la tolérance et apologie de la différence, Sikah est empreinte d’un humanisme optimiste, sans doute un peu simpliste. Une utopie cependant très plaisante à lire, dépaysante et régénératrice.
M. Gallot (avril 2008)

L'éditeur

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L'éditeur

Le gâteau mexicain d’Antonin Varenne, éditions Toute latitude, 2008

Voici un polar énorme. Un flic obèse et pétomane, des prostituées paumées, un manouche philosophe, rassemblés dans une intrigue retorse, pour ne pas dire franchement farfelue. Entre pseudo-réalisme se plaisant dans l’abject et grosse blague façon canular, cette histoire brillante et labyrinthique balance – et apparemment l’auteur s’en balance, à en juger par le récit qui encadre le polar. Si on est charmé au début par les personnages hauts en couleur et quelques belles trouvailles d’écriture (Antonin Varenne possède incontestablement un style bien à lui), le rythme effréné parvient de moins en moins à cacher la vacuité de ce divertissement compliqué et de ses rebondissements au forceps aussi peu crédibles les uns que les autres. Les amateurs de fantaisie débridée apprécieront sûrement, ceux qui recherchent du sens et de la profondeur auront plus de mal à trouver leur bonheur dans cette démonstration de bravoure. M. Gallot (avril 2008)

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L'éditeur

Association Gams

Entière, ou de la réparation de l'excision, de Marie-Noël Arras, Le Chèvre-feuille étoilée, 2008

À la fois documentaire et guide pratique, ce petit ouvrage qui propose de nombreux témoignages est préfacé par le Docteur Pierre Foldès. Ce dernier a développé la réparation chirurgicale de l'excision – mutilation sexuelle dont le but (inavoué) est de contrôler la sexualité féminine (pour des raisons sociologiques, d’esthétique ou religieuses), et qui touche encore 130 millions de femmes à travers le monde... Selon l'OMS, près de trois millions de fillettes seraient mutilées chaque année en Afrique (mais la pratique concerne aussi l’Egypte, l’Indonésie, le Pakistan, etc.) et environ 75 000 fillettes sont soit excisées, soit menacées de l'être en France, malgré les lourdes peines prévues par le code pénal. Cet ouvrage donne ainsi la parole à des médecins qui rencontrent régulièrement des femmes mutilées qui peuvent enfin dire leur mal-être et se « reconstruire » peu à peu ; on lira entre autres l'entretien avec Mahoua Kone, originaire de Côte d'ivoire, mutilée à l'âge de 8 ans, et aujourd'hui "réparée", qui raconte en détail la violence de cette pratique, la douleur physique et psychique qui s'ensuit. B. Longre (avril 2008)

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L'éditeur

Sept slogans ontophoniques de Ghérasim Luca, José Corti, 2008

Changez une lettre dans le titre, cela peut donner « Sept slogans orthophoniques ». Bien sûr, pour Ghérasim Luca, le grand « poète du bégaiement », il ne s’agit pas de parler « droit », mais d’inclure l’être même au plus sonore de la voix, au plus profond d’une parole aux limites du sens et de la forme. Cet ensemble de textes fragmentaires à lire, à dire, à déclamer, qui tiennent de la communication détournée et de la poésie provocatrice, joue sur le sonore et le visuel, sur le choc énigmatique et déroutant des lettres, des syllabes et des mots. « L’esprit au pied de la lettre / La lettre au pied de l’esprit » pour « percer ensemble l’indicible » et saisir la «vacuité sublime » du langage et de l’être.
J.-P. Longre (avril 2008)

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La Blondeur de Cécile Mainardi, les petits matins, 2008

Ode, ou hymne à la blondeur en neuf chants : la blondeur comme idée, comme posture, comme essence ; la blondeur dans le regard de l’autre, la blondeur comme paysage, comme nuit, comme un adieu.
Livre qui se fait parfois lettre d’adieu à un blond dont toute l’âme (du moins ce que le scripteur en voyait/supposait) était dans la blondeur, c’est aussi un livre qui tangue, qui change de posture et d’allure, de lieu et de vie. Un livre sans capitaine, ou dont le capitaine « sombre avec le livre qu’il écrit », sous l’effet d’un blond d’une éblouissante obscurité.
La langue est belle et souple, s’emporte parfois, ne sait plus s’arrêter. Ce livre est un curieux objet qui vaut qu’on s’y arrête.
A-M. Mercier (avril 2008)

L'éditeur

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L'éditeur

Le petit chat de neige de Michel Host, Rhubarbe, 2007

Entre l’histoire d’un rat récalcitrant et celle d’un chat réconfortant, une bonne cinquantaine de textes brefs (une page, parfois un peu plus, parfois un peu moins) explorent l’humanité d’aujourd’hui, mettant généralement en valeur les côtés absurdes, dérisoires, excessifs, aberrants des êtres qui la composent. Les récits denses, incisifs, parfois déroutants, parfois réjouissants, le plus souvent déstabilisants ici concoctés par un écrivain maître en la matière (Prix Goncourt 1986, rappelons-le) touchent à tous les comportements individuels (ou collectifs) avec un humour dont la lucide et délicieuse cruauté n’échappera à aucune de ses victimes.
J.-P. Longre (avril 2008)

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Jane Austen et l’héritage du comte de Stéphanie Barron, traduit (USA) par Patricia Christian, Le Masque (labyrinthes), 2008.

Huitième volume traduit d’une série d’aventures policières dont l’héroïne est Jane Austen, ce titre a les charmes de son contexte : manoirs, chaumières, domestiques et Lords, jeunes femmes célibataires, campagne anglaise délicieuse et parfois inquiétante, intrigues sentimentales où l’argent n’est jamais bien loin.
Du côté du policier, c’est moins réussi : des invraisemblances, des complications inutiles, des personnages tout d’une pièce (ceci n’étant pas antinomique avec le genre). Mais c’est une bonne lecture de vacance pour ceux qui trouvent que Jane Austen aurait dû écrire plus de livres et sont prêts à tout pour la retrouver.
A-M. Mercier (avril 2008)

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L'éditeur

La Femme toute nue de Karine Bernadou, Sarbacane, BD, 2008

Femme, nue et fière de l'être - D'étonnantes saynètes muettes composent cet album construit autour d'un personnage attachant et plutôt cocasse : LA femme toute nue, telle qu'elle s'affiche d'emblée, qui déambule sur des pages sobres et des décors à peine esquissés, entre rires et larmes, coups de foudre, jouissances et peines de cœur, découverte de soi et des autres, naïveté et lucidité… assumant son statut et sa nudité avec un naturel confondant – et revendiquant avant toute chose le droit à la liberté individuelle, à l'amour libre et à l'erreur, à travers des expériences qui forgent un parcours. L'absurdité des vignettes n'est qu'apparente, car ce à quoi elles renvoient fait toujours sens et mouche, avec subtilité – en particulier dans des histoires intitulées La trace de ton ombre (où l'ombre de l'amant qui la délaisse reste collée à sa peau…) ou bien Printemps (quand la fusion des corps donne littéralement naissance à une petite fleur). Ces jeux de miroirs (et de masques) parfois cruels (mais il faut savoir se défendre…), jeux sur les mots (pris au pied de la lettre, sans cesse explorés), jeux des corps et des sexes (comme le très réjouissant Arbre à moustaches), ou jeux tout court donnent à voir un réel délibérément décalé, nimbé de légèreté. B. Longre (avril 2008)

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L'éditeur

Cartouche, histoire d’un brigand dans l’histoire, La Bibliothèque, 2007

Le livre se lit en deux temps, l’histoire du fameux bandit qui écuma Paris sous la Régence et mourut exécuté en 1721, puis l’histoire du mythe de Cartouche.
L’histoire du mythe est passionnante. Elle s’appuie sur de nombreux textes, rares et peu connus en dehors du cercle des spécialistes, mais aussi sur des objets, des images, contemporaines ou modernes. On suit aussi la fabrication du mythe dans le roman et au théâtre : Cartouche serait le premier homme du commun à avoir été représenté sur les planches en France, de son vivant et sous son nom. L’histoire de l’homme est intéressante, même si on sait peu de choses en dehors du procès et de l’exécution. L’auteur a donc eu recours à de nombreuses suppositions pour remplir les vides. Il a cédé parfois à la tentation du roman, pas toujours de façon heureuse, surtout dans les premières pages. Mais la gêne qu’on peut en ressentir disparaît très vite par la suite, tant les modes de vies du peuple de Paris, ou les pratiques de la justice, de la police et des brigands eux–mêmes sont détaillées et donnent corps à cette histoire.
A-M. Mercier (
avril 2008)

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L'éditeur

Les enfants sans têtes d’Antoine Bouvier, Les impressions Nouvelles, 2008

Le titre fait référence à la chanson des Pixies (Where is my mind ?) que chantent les cinq personnages autour d’un feu, une nuit d’été. Cinq jeunes gens, garçons et filles, qui s’interrogent sur leur existence, sur l’amour physique et les sentiments qui vont ou non avec, se cherchent – se trouvent ou se perdent – à l’âge frontière de tous les possibles, quand on croit encore que rien n’est déterminé. Le trait fluide et souple d’Antoine Bouvier épouse harmonieusement la fragilité des sensations et des pulsions, les questionnements sans réponses, entre vie en groupe, aspirations à la solitude et tentation d’être à deux. Un joli roman graphique, un brin mélancolique, qui plaira tout autant aux adolescents d’aujourd’hui qu’à ceux d’antan.
B. Longre (avril 2008)

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L'éditeur

L’Enlèvement de Bill Clinton, de Cyrille Martinez, Les 400 coups, 2008

Le titre trompe quelque peu : il ne sera que très peu question de Bill Clinton. Mais cette histoire, fausse rumeur d’un enlèvement du président américain à Sarajevo (qui fait écho par coïncidence au mensonge qui vient de faire déraper son épouse dans son ascension vers la présidence des Etats-Unis), est un événement qui a marqué durant le siège de la ville.
Tout le « roman » est orienté par l’idée de la perte des repères dans ce temps de guerre : le temps, l’espace, les liens entre les êtres, le rapport à soi, tout est brouillé. Cyrille Martinez propose ici un texte qui est plus un long poème en prose qu’un récit, tentant de reconstruire l’expérience d’un autre, un certain Nedim Hrbat, qui lui a raconté tout cela, la cigarette de marque Prina qui se consume, les feuilles de thé qui infusent, et puis a disparu.
A-M. Mercier (
avril 2008)

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Quand les noirs avaient des esclaves blancs, de Serge Bilé, Pascal Galodé éditeurs, 2008.

Le titre est un peu trompeur : il ne s’agit pas d’un ouvrage traitant des pratiques d’esclavage en Afrique, mais d’un éloge des trois grands anciens empires africains : Ghana, Mali et Songhay. Leur histoire est contée en mélangeant de nombreuses sources (historiens modernes, anciens, traditions populaires) et sans faire preuve de toute la rigueur historique voulue. Mais cela donne un récit séduisant qui évoque un âge d’or, un rêve pour l’Afrique.
A-M. Mercier (avril 2008)

l'auteur

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Va te marrer chez les Grecs - Recueil de blagues grecques anciennes - Mille et une Nuits, 2008

Les potaches qui planchent sur les textes antiques ne se doutent pas forcément que les auteurs qu’ils traduisent parfois en rechignant pouvaient être de joyeux drilles, et que ce n’est pas d’aujourd’hui que le rire est le propre de l’homme, quel qu’il soit. Ce recueil de plus de 250 histoires drôles, brèves, denses, d’un esprit tantôt fin, tantôt grossier, tantôt douteux, tantôt énigmatique, tantôt éclatant est issu du Philogelos, qui a traversé les siècles pour nous faire rire et, par la même occasion, porter témoignage sur la vie quotidienne de la Grèce antique. Les catégories humaines, en tête desquelles l’intellectuel (le « scholasticos »), défilent avec leur éternel pittoresque : avares, vantards, froussards, goinfres, ivrognes, misogynes et autres habitants de régions prêtant le flanc à la caricature sont les victimes ou les héros d’un comique de mots et de situations aux multiples facettes. En même temps, l’ouvrage est très sérieux : l’avertissement, les notes et la postface d’Arnaud Zucker donnent les explications nécessaires et suffisantes pour que nous ne riions pas idiots.
J.-P. Longre (avril 2008)

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Dugenou, de Thomas Fersen et Elisabeth Eudes-Pascal, les 400 coups, 2007

La chanson de Thomas Fersen, sur le thème de la façon dont les autres nous traitent (nous appellent) face aux mots tendres dont on rêverait est ici mise en livre, illustrée. Les illustrations n’apportent rien de plus au sens des mots, elles le font voir, plutôt bien. Etait-ce nécessaire ?
A-M. Mercier (avril 2008)

Littérature et musique

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