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Quelques
années dans la vie d’un Chinois « ni débordé,
ni désœuvré »
Après
la publication de son recueil de nouvelles Variations
sans thème en 1985, Xu Xing est rapidement
devenu la nouvelle star (son prénom signifie étoile)
de la littérature chinoise puis son étoile filante
puisque cet écrivain prometteur n’a rien publié
depuis. Il revient aujourd’hui avec son premier roman Et
tout ce qui reste est pour toi - dont le narrateur
se considère être le Sancho Pança – où
l’on retrouve le personnage de Xi Yong qui part travailler
en Allemagne dans le restaurant d’une parente éloignée.
Les conditions de vie en Europe sont bien moins enviables que ce
qu’il avait imaginé et il presse le narrateur de venir
le rejoindre.
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Rejeté
par les gens de son immeuble parce qu’il a laissé
voler l’antenne de télévision commune alors
qu’il était censé surveiller l’entrée
du bâtiment, le narrateur décide de «partir
en balade». Tel un Kerouac chinois, notre héros
se lance sur la route en direction du Tibet. En attendant de
trouver un moyen de transport adéquat, le temps s’écoule
au gré de rencontres plus ou moins intéressantes,
tel le Gorille en train de revendre la fameuse antenne, ou Hanyu
qui sera sa compagne d’un moment. Après un voyage
picaresque en camion, notre héros arrive enfin à
Lhassa pour en repartir presque aussitôt pour Pékin. |
Dans une seconde
partie, le narrateur part rejoindre Xi Yong en Allemagne, l’occasion
de décrire la vie souvent difficile des émigrés
chinois venus faire fortune en Europe et en particulier l’histoire
à la fois comique et douloureuse du Matheux : génie
du calcul amoureux d’un laideron aux dents cariées
avec qui il se marie et dont il se lasse très vite, il fuit
en Europe sous le prétexte de se perfectionner ; sa femme
le poursuivra pour lui présenter son fils… handicapé
par un bec de lièvre.
Bien que son
roman soit inachevé (il manquerait une troisième partie
portant sur le Pékin moderne), Xu Xing a décidé
de le faire éditer en l’état… en Europe,
car la censure chinoise supporterait mal quelques petites phrases
concernant l’autonomie du Tibet. Et tout ce qui
reste est pour toi a l’allure trompeuse d’une
autobiographie ; nombreux sont les points communs entre Xu Xing
et son personnage et notamment l’amour du vagabondage ou la
période d’exil en Europe (après Tienanmen).
Le ‘père spirituel’ de la jeune génération
chinoise (il est également documentariste et vidéaste)
parvient à créer une atmosphère à la
fois comique et désabusée en mélangeant les
existences plutôt ternes de ses héros avec les anecdotes
croustillantes qui parviennent à les émailler. Et
tout ce qui reste est pour toi est au final un roman
superbe, à la fois pessimiste et chaleureux ; dommage que
son auteur ne soit pas plus prolifique !
Anne
Weber
(décembre 2003)
Chine,
du côté des livres
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