Et tout ce qui reste est pour toi
Titre original : Shengxia de dou shuyu nu
Traduit du chinois par Sylvie Gentil
L'Olivier, 2003

 

Quelques années dans la vie d’un Chinois « ni débordé, ni désœuvré »

Après la publication de son recueil de nouvelles Variations sans thème en 1985, Xu Xing est rapidement devenu la nouvelle star (son prénom signifie étoile) de la littérature chinoise puis son étoile filante puisque cet écrivain prometteur n’a rien publié depuis. Il revient aujourd’hui avec son premier roman Et tout ce qui reste est pour toi - dont le narrateur se considère être le Sancho Pança – où l’on retrouve le personnage de Xi Yong qui part travailler en Allemagne dans le restaurant d’une parente éloignée. Les conditions de vie en Europe sont bien moins enviables que ce qu’il avait imaginé et il presse le narrateur de venir le rejoindre.

Rejeté par les gens de son immeuble parce qu’il a laissé voler l’antenne de télévision commune alors qu’il était censé surveiller l’entrée du bâtiment, le narrateur décide de «partir en balade». Tel un Kerouac chinois, notre héros se lance sur la route en direction du Tibet. En attendant de trouver un moyen de transport adéquat, le temps s’écoule au gré de rencontres plus ou moins intéressantes, tel le Gorille en train de revendre la fameuse antenne, ou Hanyu qui sera sa compagne d’un moment. Après un voyage picaresque en camion, notre héros arrive enfin à Lhassa pour en repartir presque aussitôt pour Pékin.

Dans une seconde partie, le narrateur part rejoindre Xi Yong en Allemagne, l’occasion de décrire la vie souvent difficile des émigrés chinois venus faire fortune en Europe et en particulier l’histoire à la fois comique et douloureuse du Matheux : génie du calcul amoureux d’un laideron aux dents cariées avec qui il se marie et dont il se lasse très vite, il fuit en Europe sous le prétexte de se perfectionner ; sa femme le poursuivra pour lui présenter son fils… handicapé par un bec de lièvre.

Bien que son roman soit inachevé (il manquerait une troisième partie portant sur le Pékin moderne), Xu Xing a décidé de le faire éditer en l’état… en Europe, car la censure chinoise supporterait mal quelques petites phrases concernant l’autonomie du Tibet. Et tout ce qui reste est pour toi a l’allure trompeuse d’une autobiographie ; nombreux sont les points communs entre Xu Xing et son personnage et notamment l’amour du vagabondage ou la période d’exil en Europe (après Tienanmen). Le ‘père spirituel’ de la jeune génération chinoise (il est également documentariste et vidéaste) parvient à créer une atmosphère à la fois comique et désabusée en mélangeant les existences plutôt ternes de ses héros avec les anecdotes croustillantes qui parviennent à les émailler. Et tout ce qui reste est pour toi est au final un roman superbe, à la fois pessimiste et chaleureux ; dommage que son auteur ne soit pas plus prolifique !

Anne Weber
(décembre 2003)

Chine, du côté des livres